Une femme va mourir – Article suspendu.

 

Je suis obligé de suspendre rapidement mon article précédent : « une femme va mourir » parce qu’il a … un peu trop plu.

D’habitude j’écris des notes longtemps après les faits (1 mois en général) et je mélange un peu les indices mais cette note précisément, je l’ai écrite sur un coup de tête, un coup de sang, sans masque et surtout en temps réel.

Le fait qu’elle plaise et qu’elle soit reprise m’oblige donc à la retirer pour l’instant, au moins le temps que la situation change, vous comprendrez aisément pourquoi, surtout dans un milieu médical qui est si petit.

Je suis désolé de cette situation qui est entièrement ma faute.

Merci en tous cas de votre soutient  !!!

yann

Comment devenir une uber mother?

Avec plusieurs années d’expérience le docteur yann Frat, spécialiste des uber mother vous révèle ses secrets…

- Dès la grossesse ne parlez plus que de vous.Pas besoin de dire beaucoup, dés que la conversation quitte la maternité, un simple regard qui se perd et tout le monde comprend, vous êtes en autosuffisance, et naturellement les conversation se tarissent.

- A la naissance, faites la crèche pendant 6 mois. Mettez l’enfant au milieu du salon et laissez vos visiteurs s’asseoir autour et parler à voix basse. De l’enfant uniquement, evidemment. Si vous vivez avec d’autre personnes quelques jours (visite de famille par exemple) interdisez à tout le monde de parler, marcher, fermer une porte, tirer la chasse. C’est un minimum. Si quelqu’un ose regarder la télé ou parler après 21h12, prenez l’air excédée et levez-vous en pyjama et décoiffée pour leur rappeler sèchement que « le bébé dort ». A l’inverse le lendemain matin n’hésitez pas pas secouer les casseroles et à lancer la maison dés 7h du matin, c’est un minimum. A 7h32 laissez vos enfants rentrer dans les chambres pour réveiller tout le monde, c’est tellement rigolo. A la moindre réflexion ne dites rien mais regardez-les comme une reine offensée, vous êtes une uber mother.

- Dès la naissance, inondez les réseaux sociaux de photos de vos enfants. N’ouvrez d’ailleurs une page facebook que pour ça d’ailleurs (quoi d’autre?)

- Ne répondez plus aux mails, sms, mms ou aux coups de téléphone. Tout le monde comprendra que vous avez autre chose à faire. Et s’il ne le comprennent pas, expliquez le clairement.

-Quand vous avez 5 minutes, pensez tout de même à envoyer des messages, de temps en temps. Si on vous répond ne relancez jamais bien sur, tout le monde comprendra que vous avez autre chose à faire.

-De fait n’envoyez des messages que quand vous avez besoin d’un service précis. Prendre simplement des nouvelles de quelqu’un d’autre que de vos enfants n’est pas digne d’une uber mother et puis tout le monde comprendra que vous avez autre chose à faire.

-Par contre quand vous avez une heure de libre ou besoin d’un service, appelez les autres pour qu’ils déboulent chez vous dans les 5 minutes. Rappelez-les jusqu’à ce qu’ils cèdent. Une Uber mother leur accorde du temps, alors refuser est parfaitement inenvisageable, voire c’est un acte de guerre. Et puis ils n’ont pas d’enfant, alors qu’ont ils donc à faire de si pressé ?

- Passez vos rares coups de fils non professionnels et non familiaux toujours dans le trajet entre votre travail et votre maison. Coupez sèchement quand vous arrivez chez vous. Tout le monde comprendra que vous avez autre chose à faire.

- Quand cela fait vraiment longtemps que vous n’avez vu personne, organisez un grand raout ou vous invitez tous vos amis d’un coup avec leurs enfants. Personne ne pourra parler de rien, oui mais bon vous les aurez « vus » et vous pourrez donc dire « comment ça on ne se voit plus? Mais si on s’est vu il y a 3 mois à mon anniversaire ! »

-Pendant le raout, laissez bien sur vos enfants gouter tous les plats, recracher et plonger leurs mains partout… mais ne prévenez personne bien sûr, c’est tellement mignon.

- Amenez toujours vos enfants en soirée… et passez votre temps à leur courir après. Comme ça vous êtes sure qu’on ne parlera de rien d’autre.

-Quand on vous téléphone, n’interrompez jamais la conversation engagée avec votre enfant, bien sur. N’oubliez pas la phrase magique « ouh la la ils vont me rendre folle, tu disais quoi déja? »

- Exigez toujours, comme un du, les mercredis, les vacances scolaires et bien sur les fêtes. Les gens sans enfants n’ont pas de famille et doivent s’adapter à vous, c’est un minimum. Si vous n’avez pas ce que vous voulez, pleurez et faites un scandale. C’est un minimum aussi.

- Les rares fois où vous voyez vos amis, ne parlez que de vos enfants (problème de dent, de crèche, de maitresse, de pot etc… etc… etc…). Bien sur. Non mais oh vous êtes là c’est déjà beaucoup, on ne va pas faire semblant de s’intéresser aux minis problèmes des autres non plus, il y a des limites.

- N’oubliez jamais aussi de vous moquer ouvertement des autres mères en disant « Ah ah non mais je rêve, heureusement que je ne suis pas comme ça moi. Non vraiment c’est insupportable, comment les gens deviennent comme ça ? « . Même si en fait, evidemment, vous êtes carrément pire.

-Prenez l’air éminemment choquée (voire faites un scandale) si quelqu’un ose soutenir l’idée que non le monde entier ne doit pas se plier au rythme et aux goûts de votre enfant. D’une manière générale commencez toute vos phrase par si « moi si on fait ça à mon fils » que l’on parle de la guerre de Syrie, des élections présidentielles ou de la faim dans le monde.

-Vous êtes une uber mother et donc un peu une mère universelle… Comportez vous donc comme tel avec tout le monde, notamment avec ceux qui n’ont pas d’enfants, les pauvres et qui du coup sont un peu vos enfants, aussi…

-Formez votre mari pour qu’il agisse de même. Ses couilles ont parlées et c’est donc lui aussi un uber father. Tous ceux qui n’ont pas d’enfant sont donc de grands ados a qui on parle sans vraiment les écouter, evidemment. Ils sont comme des animaux un peu étranges, rigolos et distrayants mais tellement à coté de la « vraie » vie. Les pauvres ils ont besoin de votre soutient. Oui je sais c’est dur mais prenez sur vous.

-Oser vous contester quoi que soit est un acte de guerre intolérable au minimum et en tous cas le signe que la personne « a un problème avec les enfants alors… ». De toutes façons ce n’est pas compliqué, il y a « vous-et-vos-enfants » contre le reste du monde. Et puis bon, oh!, vous êtes une uber mother merde !

 

 

La haine.

Ce fut le scoop attendu d’hier, la haine est là, atour de nous, la sentez vous? Rampant sur twitter et explosant sur facebook, sous tous les prétextes et sous toutes les excuses, la haine pure et simple que l’on cache depuis des années, la haine de l’autre en général et des arabes en particulier (qu’on ne sait toujours pas nommer donc on dit « musulmans » pour faire chic mais au fond on pense « rabouin » hein)

Mais bien sur ce n’est pas comme si c’était une surprise, cette haine est là de puis longtemps, consumant a petits feux les consciences et se propageant doucement depuis au moins 20 ans.

Elle n’est ni de droite ni de gauche mais elle avance doucement, attisée par le quotidien, toujours avec une excuse pour ne pas dire son nom (vous avez vu il y a toujours un événement récent qui explique la montée du FN, toujours une excuse… Comme si ce n’était pas un mouvement plus ancien) et aujourd’hui elle est là, au centre du débat et coupant la France à peu prés en deux : ceux qui veulent foutre les arabes dehors et « les autres ». Écoutez les gens qui parlent, regardez les agir et vous verrez comme moi ce que je vois la ligne de fracture n’est pas l’économie ou la crise mais bien cette question là : Doit on accepter des drapeaux marocain lors d’une victoire républicaine ?, Doit on donner des allocation pour les familles des étrangers (les arabes hein pas les américains)?, Peut on être français mais musulman? Peut on être français mais se voiler la tête ? Peut on être français mais pas de peau blanche finalement…

On pourrait s’étonner qu’elle explose à la suite d’une victoire de la gauche mais c’est au fond assez logique. Depuis 5 ans la droite en entretenu les flammes d’un sous texte tellement évident qu’il en était ridicule et maintenus à vifs les espoirs et les attentes de ceux qui veulent « les foutre dehors ». Ça n’arrivait pas (et pour cause, ça n’arrivera jamais) mais c’était dans l’air, comme une poire pour la soif. La victoire de la gauche sonne alors le glas et l’exaspération de cet espoir : non seulement « rien » n’a été fait mais en plus la gauche arrive et va les « protéger ». Alors la cocotte monte en pression. Marine le Pen ayant en plus largement légitimé ces propos, ils ne se cachent plus et ils explosent partout où ils peuvent, a demi mots ou pas, sortant des profondeur de confidences de fin banquets et exposant ouvertement dans la rue des propos de plus en plus clairs.

Je me trompe peut être, je me trompe surement mais avec la crise économique (qui exaspère aussi et exacerbe les tensions), je crois, je crains, j’espère que la place des étrangers en général et des musulmans en particulier sera un  des sujets centraux des années à venir. La France a un problème avec les arabes, il est temps de le voir. De toutes façons sans ça, rien n’avancera, pire, le venin deviendra poison. Je pense qu’il est encore temps de noyer les braises… Mais on n’a pas tant de temps que ça non plus.

Les bonnes questions que les religions nous posent (et auxquelles on ne veut pas répondre)

 

 

Je me trompe surement mais j’ai l’impression qu’une part du malaise qui parcours la France depuis des années vient en partie du fait que personne n’ose plus affirmer les postulats de notre « identité nationale » (oui je n’ai pas peur je réutilise des mots et je n’ai pas peur du drapeau, pourquoi d’ailleurs?).

Comme c’est une idée un peu touchy, je vais me permettre d’expliquer ce que j’appelle les « postulats »: Pour moi c’est une série de décisions evidemment arbitraires et evidemment potentiellement contestables philosophiquement sauf qu’on les a posées comme base pour construire le reste et que donc elles doivent s’imposer à tous. Par exemple poser le phonème « chaise » à l’objet « chaise » est par essence un postulat. On aurait pu en choisir un autre, on aurait pu décider de ne pas lui attribuer de genre oui mais voilà historiquement on l’a décidé comme ça. Alors si tu parles français l’objet chaise tu l’appelles « chaise » et pas « tabouret » ou « voiture », c’est con mais c’est comme ça et ça permet à tout le monde d’avancer ,  et c’est donc ça un postulat.

Donc des postulats dans la société française il y a en a plein et certes, dans un vrai débat, il serait intéressant pour les interroger pour voir si on les change, ou pas. Dans le cas qui m’intéresse cependant j’ai envie d’en retenir deux : la laïcité et l’égalité homme/femme.

La laïcité est evidemment un concept trésss compliqué mais j’ai envie de le réduire à son essence c’est à dire que la laïcité c’est avant tout le refus pour l’état de reconnaitre le sacré et donc en pratique le refus de mettre des objets, des personnes ou des comportements au dessus des lois au nom de leur supposée essence divine. Ainsi, pour l’état français normalement entre retaper une église ou une mjc le choix se fera sur le public concerné, la pertinence des réparations et le coût et ceci sans regard sur l’aspect religieux. C’est aussi pour ça qu’en France le crime de blasphème n’existe pas puisque rien n’est considéré comme sacré… (ce qui est différent de l’insulte evidemment).

L’égalité homme/femme est arrivée assez récemment finalement (il faut attendre les années 60 pour qu’un femme puisse ouvrir un compte à son nom il me semble) mais enfin le principe est là: l’homme et la femme française ont les mêmes droits. Potentiellement en tous cas (;))

Ces postulats semblent donc assez simples et pourtant, récemment, ils ont été fortement interrogés et… l’État, embarqué dans un « je ne sais quoi » n’a pas su répondre…

Le voile/la burqua : L’erreur fondamentale a été de placer le débat sur le thème du droit à la religion alors qu’il n’aurait pas du quitter le cadre strictement pragmatique. Pire, en faisant des textes spécifiques (evidemment pour faire plaisir a certains…) l’État a fait trois pas en arrière en sacralisant ces objets (c’est à dire les sortir de leur état normal d’objet banal) en leur désignant un texte et donc un statut spécifique. Pour la burqua la réponse me semblait pourtant évidente : evidemment qu’on peut se balader habillé comme on veut dans la rue tant qu’on respecte les règles de la décence mais on ne peut pas se soustraire à un contrôle d’identité, que ce soit dans les magasins au moment du payement ou dans la rue… Et pour ces contrôles on n’a pas le droit de choisir celui qui le fait (homme ou femme). Voilà point barre. Quant à conduire avec quelque chose qui cache la vision périphérique, la question est tellement idiote que je ne comprends même pas pourquoi elle ait été posée (l’état à le droit d’imposer aux porteurs de lentilles d’avoir des lunettes avec eux, d’avoir un gilet jaune, un panneau avertisseur, un alcootest mais pas d’interdire avec les yeux quasiment bandés?).

Pour le voile, de même, la réponse pragmatique aurait été la seule possible… Et surtout de laisser à chaque employeur, chef, proviseur, la liberté d’accepter ou non que celles qui veulent le porter. Le principe devrait donc être le même que pour le reste de l’habillement: si vous allez bosser chez Disney la barbe et les cheveux longs sont interdits, vous le savez et vous l’acceptez ou pas…. Comme à l’inverse si ma sœur bosse un jour dans une boucherie halal on lui demandera peut être de se voiler les cheveux, libre à elle d’accepter ou pas. La volonté d’imposer une règle pour tous dans ce cas est absurde parce qu’encore une fois elle resacralise un objet et crispe un débat de façon absurde. Comment maintenir une « unité nationale » quand on passe des textes spécifiquement « contre » une population, une « coutume » précise ? Comment éviter le débat d’intention quand on pose des textes dans un domaine où, par postulat, on a décidé que l’État n’avait pas à se prononcer? Pourquoi chercher à quitter sa zone de compétence de façon aussi absurde? Comment répondre simplement ensuite quand on pointe alors cette incohérence?

Quant à l’histoire des piscines et des horaires réservés aux femmes, là aussi il y a tout de même un problème… D’abord si c’est un problème de rapport personnel au corps, il existe des piscines privées ; si c’est un problème de harcèlement il y a d’autres moyens d’agir et enfin si c’est une volonté de séparer hommes et femmes et surtout d’envisager ces rapports comme strictement sexuels c’est totalement absurde… et inacceptable puisque cette façon de voir est par essence contraire à l’égalité de droit des personnes, les femmes par essence ne peuvent plus être considérées par défaut comme des victimes qu’on doit cacher et/ou asservir… pour les « protéger » puisqu’elles sont déjà protégées par le droit. Et puis enfin, de façon totalement pragmatique, si on part sur cette pente on ne sait absolument pas ou elle va s’arrêter, entre grandes concessions et petits renoncements…

De même, dans mon exercice, je suis absolument frappé par les contraintes hallucinantes qu’acceptent certaines de mes collègues au nom du « respect de la culture ». Je vais être concret, par exemple pour les diabétiques que ce soit pour noël, pour le ramadan ou pour la pâques juives je n’adapte mes horaires que dans la limites du raisonnable et non je ne fais pas d’injection après 22h par simple convenance. J’estime que les patients ont la chance d’avoir un infirmier qui vient les aider à faire les soins, cette chance a quelques limites dont une certaine limitation raisonnable des horaires et si cela ne leur suffit pas il ne tient qu’à eux d’y remédier… mais pas a moi. Et c’est pareil pour les toilettes, si on ne veut pas de toilette par un homme, je n’ai jamais forcé personne mais j’ai toujours refusé (et trouvé totalement aberrant ceux qui acceptent) d’aller chercher une de mes collègue dans un autre service. Parce que j’estime que c’est au patient de prendre ses responsabilités s’il refuse ce qu’on lui propose, sinon ou va-t-on ? Le patient choisit son équipe et on fait venir le personnel en conséquence? Ou alors on interdit aux hommes, aux femmes certains services? C’est quoi la solution? De même enfin, j’ai eu pendant quelques temps, dans mon cabinet,  une collègue malgache (noire donc, pour ceux qui n’auraient pas compris). Comme prévu, certains patient m’ont appelé pour me faire part de leur souhait « de ne plus la voir » (dixit!) et de choisir les jours des soins et ils ont été fraichement reçus: c’était elle ET moi ou rien. Alors oui j’ai perdu une poignée de patients mais pas mon âme, et croyez-moi, au change, j’estime être largement gagnant.

Ainsi pour revenir au titre du sujet j’ai l’impression qu’une part d’un certain « malaise identitaire » vient de là :  les religions posent des questions précises à l’État  sur la liberté du culte, sur la place du religieux dans la vie de l’individu, sur la place de l’homme et de la femme etc… Et d’une façon étrange (pour des raisons électoralistes ou par un vrai malaise?) , au lieu de répondre de façon pragmatique et simple (notamment en rappelant que l’état ne reconnait pas le sacré) il s’embourbe, avance et recule dans des textes abscons qui ne contentent personne et en plus stigmatise… Sauf qu’en plus, c’est avec des stigmates qu’on fait des martyrs…

Alors voila où nous en sommes: entre un angélisme absurde du « respect absolu de la culture » qui est au fond anti républicain et un rejet en bloc monomaniaque et anti democratique, je pense qu’il est temps pour tout le monde de trouver une vraie voie pragmatique et qui tienne debout, parce qu’elle aura été posée sur des principes simples et qui s’appliquent à tous. De toutes façons, de gré ou de force, ce débat devra avoir lieu, notamment parce que, dans notre État qui ne reconnait pas le sacré, on trouve encore de nombreuses traces de catholicisme (puisqu’il rythme encore le calendrier par exemple)… Alors autant s’y préparer et pourquoi pas, considérer ces questions comme une occasion de ressouder l’État plutôt que de le diviser…Voire de rentrer enfin dans l’an 2000 au lieu de retourner vers l’an 1000…

Oui je sais je suis un doux rêveur…

C’est aussi ce qui fait mon charme.

Le rapt

L’omniprésence du FN dans cette campagne m’exaspère. Surtout que je l’ai déjà dit avant et que je le répète : le FN n’est pas un parti de gouvernement, pire le FN ne veut pas le pouvoir.

Encore une fois quand je dis ça on me prend de haut mais pourtant regardez bien, dans la situation actuelle le FN a toutes les cartes en main (voire une occasion historique) pour négocier son ralliement à l’UMP contre des ministères et des députés… Mais étonnamment, ils ne le font pas, pire, comme par hasard, ils concentrent leurs attaques contre le candidat UMP.

Il y a deux explication à cela, la première officielle est qu’ils veulent faire « exploser » la droite pour prendre le pouvoir plus tard… Sauf que cela n’arrivera jamais… Puisque même si par le plus grand des hasard il n’y avait pas de candidat UMP à une élections (rêvons…) le reste de la droite républicaine et gaulliste ne les soutiendraient pas (on peut être de droite et antiraciste je vous assure, toute l’histoire de la 5° république le rappelle). Ou prendraient-ils alors les voix entre les deux tours pour atteindre les 51 % ? D’autre part et même si par le plus grand des hasard ils arrivaient à gagner la présidentielle, le FN n’a toujours a ce jour quasiment pas de maires, pas de région, pas de députes, pas de sénateurs… (ce manque total d’assise locale s’est d’ailleurs vu dans la difficulté a récolter des signatures pour un parti en place depuis 40 ans quand d’autres crypto partis y sont parvenus) Comment gouverner alors ? Surtout quand on propose des réformes pour le moins « originales » et qui nécessiteraient, pour le moins, un majorité dans toutes ces assemblées?

La seconde explication à cette attitude est plus simple : le FN ne veut pas gouverner mais continuer simplement à vivre des subsides d’état et jouer les agitateurs faciles… Il est clair pour moi que le FN n’est pas un parti mais bien une entreprise, l’entreprise Le Pen d’agitation publique (comme d’autres sont dans le bâtiment). D’ailleurs à chaque fois que le pouvoir s’approche d’eux ils deviennent de plus en plus exigeants pour le prendre (à écouter Marine il faudrait qu’elle prenne le pouvoir sans être soutenu par aucun parti du système… Ce qui est mathématiquement impossible…). Et si vous avez encore un doute sur ce fait il suffit d’ouvrir un peu les yeux .

Bref, le front ne veut surtout pas le pouvoir, pour rester indéfiniment les seuls « anti système » (ce qui est accessoirement une expression fascinante, de quel système exactement parle t on?) et ne pas avoir à faire comme les autres… et se coltiner au réel (et d’ailleurs à Vitrolles, où ils ont pris le pouvoir, ce fut une réussite transcendante) (mais oui je sais Megret ne faisait plus partie du FN, comme il voulait vraiment le pouvoir et, pire, faire de l’ombre aux Le Pen… alors on l’a viré manu militari).

Alors bref, à tous ceux qui s’inquiètent et se tourmentent, rassurez-vous, tant que le FN n’aura aucune assise locale il ne sera jamais un danger réel. Si un jour il gagne des élections locales, là inquiétez-vous… Mais bien sur il ne le fera pas alors dormez tranquille.

Et si vous vouliez un contre exemple très clair, il suffit de regarder le front de gauche. Melenchon veut le pouvoir et il veut influencer un potentiel gouvernement de gauche… Du coup leur ralliement a été simple, net et franc.

Cependant ce qui m’agace prodigieusement, c’est la place que ce non-parti prend dans la campagne…Il  a presque donné le tempo du premier tour et continue au second… On ne parle pas d’éducation, on ne parle pas de vieillesse, on ne parle pas de santé, on ne parle pas d’écologie et de comment sortir du pétrole, on ne parle pas…, on ne parle pas… Mais on parle de halal, de sécurité et d’immigration? Tous sujets venus de ce non parti. Pourquoi? Pourquoi un tel rapt ?

Tout d’abord il y a le « pouvoir » médiatique de marine. Bien sûr ils s’en défendent tous mais Marine, avec ses excès et ses envolées, est devenue une « bonne cliente » que les journalistes regardent faire son show sans rien dire, pire sans lui poser de questions sérieuses (et quand tout à coup une seule pose de vraies questions simples elle devient un symbole de résistance… Mais de résistance à qui ? à quoi?).

Ensuite il y a la haine des « arabes ». Voilà je l’ai dit ce sentiment flottant dans toute la France, de gauche ou de droite,  bien ou mal pensante et sur lequel surfe Marine quand les autres, n’osant même pas nommer le problème sont obligés de se taire… Et de la laisser parler. Je n’ai aucun avis sur ce fait là mais quand on en parle une seule question m’obsède : Mais qui sont donc ces « arabes » honnis ? Autant dans les années 60 ou 70, dans les premières vagues d’immigration je veux bien croire qu’il y avait des « arabes » venus d’Afrique du nord comme il y avait des « portugais » ou des « italiens » mais aujourd’hui? De qui parle t on? De petits fils et arrière petits fils d’immigrés? Ils sont au fond a peu prés autant arabes que moi… Alors de qui a ton peur? Des jeunes à capuches? Des banlieusard? Pourtant ils ne sont pas tous arabes? Alors?

Et puis au fond, même si ça devient terriblement mal vu de le répéter, la notions de race n’existe que pour les racistes… La notion de race est sortie vaguement dans le 19° siècle pour accorder à certains morphotypes des valeurs morales, donc l’idée brillante d’associer des caractères génétiques à des valeurs morales (la notion de race est aussi pointue que la phrenomenologie pour ceux qui s’en souviennent)… Idée qui a été largement démentie depuis alors pourquoi patauge-t-on encore dedans ? Depuis longtemps on sait qu’un morphotype ne prédestine aucune valeur morale ou intellectuelle ? Alors oui il y a différentes couleurs de peau, plusieurs typages ethniques, associés historiquement a des territoires mais ils ne définissent en rien ni la culture, ni la religion, ni la morale de la personne. Pourquoi en est on encore là? Alors, encore une fois, mais de quels arabe parle-t-on ? Et c’est alors pathétique à les voir tourner autour du pot, ne sachant pas exactement nommer, ce qui de fait n’existe pas : les musulmans… les immigrés… les auvergnats… franchement c’est pathétique.

Pathétique et désespérant parce que en parlant de ces arabes imaginaires (fainéants, voleurs, sales surement, fourbes bien sur et qui veulent prendre la pouvoir ) (et non vous ne rêvez pas ce sont exactement les termes qu’on employait en d’autres terme pour définir les juifs) (les termes de toutes façon qu’on utilise toujours pour désigner l’ennemi extérieur en période de crise, que ce soit « le français » dans l’Allemagne assommée par le traité de Versailles, ou les premiers « espagnols » dans les années soixante) on ne parle pas des vrais problèmes; On ne parle pas de chômage et la récession (dans les années soixante quand on a fait de l’immigration massive était-on moins raciste ou avait-on une croissance plus forte?), les enjeux de la mondialisation, de l’écologie et du vieillissement… De la place des jeunes à capuche et du monde pour demain surement, aussi.

Mais ça malheureusement, j’en arrive à me demander si quelqu’un a seulement, un projet , une idée… Alors on préfère tourner autour des agitateurs professionnels, prendre des airs effarouchés pour contourner leurs arguments qui ne tiennent pas la route, se flageller aussi sur un racisme culpabilisant aussi absurde que le concept de l’arabe qui n’existe pas, bref, on remue du vide, du vent, du rien.

Et moi de m’exaspérer.

Allez les gars il vous reste 10 jours… Et si on laissait ces jouets vides qui ne servent à rien (d’ailleurs le FN fait ses plus beaux scores dans des villages ou il n’y a ni arabes ni insécurité, preuve par l’absurde qu’on manie des idées vides, des peurs ancestrales) et si on essayait une vraie idée, un vrai projet, juste pour voir? 82% des français n’ont pas voté Fn et si on s’intéressait à eux aussi?

 

 

Les candidats au cinéma.

Alors oui à j-5 je craque. Tant pis. Mais bon là c’était tentant quand même, parce que la ficelle des communicants est tellement grosse et absurde que ça devient carrément une blague…

Je vous explique…

Nos amis les candidats viennent de publier une liste de leurs films préférés. Évidemment, il n’y a strictement rien de sincère là dedans et tout est calculé au millimètre par des communicants qui ont du y plancher pendant des heures. Alors, en hommage du travail des communicants (et pour parler, pour une fois, sur un sujet que je maitrise un peu) (oui je maitrise aussi la physique quantique et la spéculation internationale, mais c’est moins facile de rigoler avec ça), décryptons ensemble leur travail.

Nicolas Sarkosy : «La passion de Jeanne d’Arc» de Dreyer, « les films muets de Lubitsch », «l’Atalante» de Vigo ou encore la comédie classique «New-York-Miami» de Capra avec Clark Gable. «Bellissima» de Visconti. «Lolita» de Stanley Kubrick, avec , (qu’il qualifie de « chef d’œuvre») et «Orange Mécanique».

Traduction : Tu l’as vue ma grosse culture avec des films noirs et blancs? Ça t’en bouche un coin hein? Moi j’aime « les films muets de Lubistch » (même si je peux pas citer un titre…).

J’dis ça, j’dis rien : « New York Miami » est un film, certes, classique mais le plus cul cul qui soit (il y a tellement de meilleurs Capra…) et faire l’apologie de « Lolita » c’est bien, mais voir le film c’est mieux, tu es sûr que ton électorat appréciera que tu aimes un film qui fait l’apologie de la pédophilie? Quant à « orange mécanique » non, il n’a absolument pas vieilli, au contraire, son discours sur la violence nécessaire et son contrôle reste d’une brulante actualité.

Eva jolie : «La liste de Schlinder», «Le Parrain», «Le Guépard», «Vol au dessus d’un nid de coucou», «Garde à vue» … et « 38 témoins ».

Traduction : Que des films avec une ambiance lourde, d’enfermement… Un léger parfum de fin de siècle? Ça va Eva dans ta vie?

J’dis ça, j’dis rien : Un juge pénal qui aime « Le parrain » et son apologie de la mafia, oui, bon. Et pour 38 témoins, pour le moins elle n’est pas rancunière ( c’est en sortant de ce film qu’elle s’est réchée)

François Hollande : «Sous le sable», «Spartacus», «Ma nuit chez Maud», «Baisers volés», «Les Cheyennes»

Traduction : Très beau travail de communicant sur un beau panaché entre grands films hollywoodiens et films français d’auteur (2 nouvelle vagues et un récent). C’est « la dernière séance », le cinéma de quartier et son groupe « ciné club », les débats sur Rohmer et le rosé tiède.

J’dis ça j’dis rien : Spartacus, bien sûr, reviendra 2 fois dans les choix des candidats: L’esclave qui se bat pour sa liberté contre l’oppression…ah ah. Bon à la fin il fini pendu à l’envers quand même… Moi je dis, ça se réfléchit quand même. Par contre evidemment, « Ma nuit chez maud »… Rah ils sont forts ces communicants pour harponner le bobo gauchiste… (oui, moi) ;)))

Marine le pen : «Le père Noël est une ordure», «Braveheart», «Manon des Sources», «Le silence des agneaux», «Gladiator»

Traduction : Tu les a vues mes grosses couilles? Là c’est l’ugc du samedi soir, les gosses qui braillent, l’odeur de sueur et de pop corn.

J’dis ça j’dis rien : De la grosse pantalonnade (grandeurs et servitudes du cinéma populaire) et du film d’action qui tache (où, dans les deux cas, le héros meurt à la fin victime du pouvoir en place, ah ah). Bref du bon cinéma du samedi soir pour la famille, grand spectacle et ne pas réfléchir. C’est fou comme cet article est parlant finalement.

François Bayrou : «La Fille du Puisatier», «La Mélodie du Bonheur», «Les Tontons flingueurs», «Jeux Dangereux – To be or not to be»( de Lubitch), «Pretty woman»

Traduction : J’ai pas pu me payer de communicants sur ce coup-là et /ou je fais absolument ce que je veux.

J’dis ça , j’dis rien : Au début ça part bien: les près, les champs, un veuf qui veut sauter une nonne tout ça tout ça, bref la France éternelle des champs et des prairies youkaidi… Mais après euh… Une très bonne comédie française ok (pour tout le monde?), un très bon Lubitsh ok (bien que le grand public ne le connaisse pas) (accessoirement, on notera que lui il sait citer le titre d’un Lubitsh, lui. J’dis ca j’dis rien) et… « Pretty woman »? Alors oui ça fait peuple et sincère mais ça fait aussi un peu nunuche non? Bref une sélection qui part dans tous les sens et ne sait pas où se poser, quelle direction prendre…Où es tu François?

Dupont Aignan  : «Que la fête commence», «La vie et rien d’autre», «La princesse de Montpensier», «La Dolce Vita», «La Nuit de Varennes», «Annie Hall», «Match Point»  (ou en fait Tavernier, les films italiens classiques, et woody Allen)

Traduction : Là je ne comprends rien… A croire qu’il a répondu sincèrement ? QUOOOAAAAA ???  Non parce que Tavernier c’est franchement à gauche non, alors qu’est ce que ça foutrait là ?

J’dis ca , j’dis rien : Même s’il met (enfin!) un film récent avec les princesse de Montpensier (film d’un livre de madame Lafayette en plus (l’auteur de « la princesse de clèves »), clin d’œil involontaire) alors que les autres ne le font presque pas (c’est toujours dangereux les artistes vivants, regardez Carla qui était l’égérie des gauchistes), on a fait plus récent pour le cinéma italien…

P. Poutou «Les temps modernes», «Spartacus», «Birdy», «Ressources humaines», «Land and Freedom».

Traduction : Bon là je suis désolé mais est-ce bien la peine de traduire ? Que des films sur l’exploitation de l’homme par l’homme… ou pacifistes. Youpi.

J’dis ca j’dis rien : Philippe je t’aime bien mais si pour te soutenir je dois me taper des manifs avec des saucisses merguez puis, une fois chez moi, me taper du Ken Loach. Non vraiment je ne vais pas tenir, désolé… Mais bon allez on reste amis hein  ;))). Et sinon, pour le coup, c’est le contraire de Dupont Aignan : trop de com, tue la com vraiment… Il faut, peut être, être un peu plus subtils les gars…

Nathalie Artaud : «Thelma & Louise», «12 hommes en colère», «Beignets de tomates vertes», «We want sex equality», «Chicken run»

Traduction : Sur 5, 4 films de femmes, qui parlent aux femmes de problèmes de femmes… Ok, on a compris: résistance et féminisme, franchement l’extrême gauche vous êtes pas très drôles…

J’dis ça, j’dis rien : Chicken run ? Bon dans l’absolu bon choix pas de soucis… Mais au milieu de tous ces films féministes, je sais pas, ça sonne bizarre non? Limite faute de gout… les poules, les femmes même combat ? ;))

Jacques cheminade : «La Règle du jeu», «Rashomon», «L’Homme qui tua Liberty Valance», «L’Invasion des profanateurs de sépultures», «La Grotte des rêves perdus»

Traduction : Mis à part l’improbable « Invasion des profanateurs de sépultures », qui ne peut être qu’un clin d’œil volontaire à sa volonté de coloniser Mars(?), c’est une sélection top niveau. La plus pointue certainement… qui ne dit rien sur le candidat, sauf qu’il est décidément… euh… surprenant.

J’dis ça j’dis rien : Note aux communicants de Nicolas Sarkosy : prenez des notes les gars, une vraie sélection de cinéphile c’est ça. Pas forcément besoin de films muets de 5 heures mais des choix éclectiques, originaux et pointus. Reste à savoir si Cheminade a : soit les communicants les plus pointus du monde, soit est un vrai cinéphile.

Jena-Luc Melenchon : «Little Big Man», «Blade Runner», «Fellini Roma», «Apocalypse Now» et «Out of Africa»

Traduction : Du sang, des larmes, de la résistance et de la lutte armée. Franchement l’extrême gauche, vous êtes pas drôles.

J’dis ça , j’dis rien : Franchement c’est un peu lourd cette sélection non? Là au moins « Pretty woman » ça nous aurait fait rire…  Allez Jean Luc, quoi, détends-toi, dis le que si ça se trouve tu es super fan de « My fair lady » ou de « hot shot »… Après tout tu écoutes du Carla alors…  ;))

De l’autre côté du miroir, une analyse.

Bon alors, une fois la blague passée, je voulais aussi vous dire ce que j’ai vraiment pensé de cette situation…

Évidemment je pourrais dire vite fait que moi « jamais je ne travaillerai comme ça » que « quand même » et que « etc… » mais c’est faux. Ce qui m’a marqué, au contraire, dans cette situation, dans cette observation, c’est justement à quel point elle est banale, à quel point je m’y retrouvais en fait.

Moi j’appelle ça « hospitalisme des soignants », c’est un phénomène redoutable, terriblement banal pourtant, et que je connais très bien personnellement.

Parce que oui au début, quand on arrive dans un service, tout est bien, les collègues sont nouveaux, les patients sont nouveaux et on a toujours des choses à apprendre (que ce soit des procédures ou des apports théoriques sur les pathologies) qui vous stimulent…. Suivant la complexité et la technicité du service, cela dure alors entre une et plusieurs années, où l’on apprend, on essaye de se perfectionner, d’être organisé et efficace.

MAIS, tôt ou tard, on finit par connaitre ses collègues, on finit par connaitre les pathologies, on finit par être organisé, on finit par être efficace, on finit par connaitre les patients….

Alors, tôt ou tard, les phrases qu’on a bien peaufinées et qu’on répète toute la journée on ne les entend même plus, on ne les questionne plus et on les répète comme un robot.

Alors, tôt ou tard, les mêmes pathologies et les mêmes patients se répètent à l’infini et on sait parfaitement quoi leur dire, tellement d’ailleurs qu’on les écoute plus et qu’on oublie surtout, que pour eux c’est la première fois.

Alors, tôt ou tard, on n’a plus des patients, mais le « hiatus » de la 3, ou de le didt de la 22.

Alors, tôt ou tard, ce qui se passe dans le service est plus intéressant que ce qui se passe dans les chambres, alors tôt ou tard, ses jours de repos deviennent un vrai enjeu.

Alors, tôt ou tard, le patient qui ne se contente pas de nos phrases toutes faites, nous gonfle. Voilà. (Et je ne jette la pierre sur personne, moi même j’ai failli envoyer un bassin à la tronche d’une patiente qui sonnait une fois de trop, parce que j’en avais ras le bol de passer des bassins ; j’ai eu envie de zapper des perfalgan, parce que putain, ras le bol de faire 20 perfalgan toutes les 2 heures, tous les jours).

Et ne croyez pas qu’on ne le sait pas, au fond, qu’on devient comme ça. Bien sur qu’on le sait. Bien sur qu’on se rend compte qu’on n’écoute plus le patient qui vous parle devant vous. Oui mais ce qu’il vous dit vous l’avez déjà entendu 5000 fois, oui mais ce que vous allez lui répondre vous l’avez déjà répondu 10 000 fois (et c’est un constat, pas une formule rhétorique).

En plus, je ne pense pas que ce soit une question de pathologie, je suis sûr qu’on peut être blasé des cancéreux, des sidéens… ou même des agonisants (et puis d’ailleurs vous voulez un scoop? Moi je le suis, voilà. J’en ai ras le bol des agonies à domicile et des familles qui me demandent tous les jours « quand ça va finir »).  Alors pour revenir au cas dont on parle ici, en ambu , avec des gens qui passent et qui partent toute la journée, mais en 2 ans grand max tu es un robot, c’est plié.

Sauf que, même si on le sait, ce n’est pas si facile de s’en sortir. Parce que, paradoxalement, même si on devient un robot… on est super efficace et super confortable. On s’est fait son petit trou, on a son petit roulement, on a 2 ou 3 amis dans l’équipe, alors certes, on ne courre plus aux sonnettes mais so what? Et puis changer d’équipe pour quoi faire? Pourquoi se mettre en danger? En situation d’inconfort, de stress ? Pour quels nouveaux patients? Pour gagner quoi? Dans cette situation là, en plus, j’imagine par dessus toute la couche de la hiérarchie et de la rentabilité comptable qui vous enferme encore plus dans une logique de rendement et de rationalité…Qui étouffe par avance toute tentative pour faire quelque chose d’un peu perso… Et là, c’est sur, le piège se referme.

Alors non, vraiment, cette situation ne m’a pas surpris du tout, c’est même l’inverse qui m’aurait surpris.

Les infirmiers n’ont pas une vie professionnelle très longue en moyenne et on dit en général que c’est parce que c’est un métier « dur ». Soit, mais cependant je ne suis pas sûr qu’on soit d’accord sur le sens de ce mot. Ce n’est pas si dur de prendre en charge un adolescent de 15 ans qui meure d’un cancer (même si ça abime, même si ça fait peur evidemment) mais c’est très dur d’accueillir le 1205° hiatus de l’année comme si c’était le premier et d’entendre ses angoisses, parce que pour lui c’est la première fois; c’est très dur d’accueillir un doigt cassé sans faire de sarcasme, sans se foutre ouvertement de sa gueule et de ses questions d’angoisse pour savoir si 2 dolipranes ça ne vas pas lui bouffer l’estomac; c’est très dur de se trouver avec du matos qui change tout le temps et qui ne marche jamais, nous faisant perdre un temps considérable, ce que tout le monde refuse d’admettre… Bref, ne pas devenir un robot, ne pas se faire bouffer par les automatismes, garder la patience et répéter, c’est ça qui est très dur.Au moins autant je pense que tous les « soignants de l’extrême » qui arrivent en hélico et sont attendus comme le messie, dans des situations tendues certes mais uniques et rapides…

Je pense que les médecins sont un peu moins soumis à cette pression (je me trompe peut être) parce qu’ils sont regard plus extérieur et des taches plus diversifiées. En plus, pour eux l’expérience les aide à être plus performants et ils sont reconnus pour ça ; nous l’expérience ne nous sert qu’à faire plus vite, toujours les mêmes soins. L’expérience chez les infirmiers n’est jamais reconnue par personne sauf par quelques passe droits dans le roulement et quelques habitudes avec la chef… Si vous ne changez pas de service.

Alors pour revenir à la situation de départ, vous voulez savoir ce que j’en pense vraiment? Et ben voilà :

1- Les conditions matériel au CHU ont bien changées, le service était Nickel et le matériel flambant neuf (ok, c’est peut être un hasard)

2- Très franchement, même si je ne suis pas toujours le chantre du système privé, niveau personnel 2 ide en 12 heures (8h/20h) auraient très largement suffit (mais j’imagine aussi les tempêtes syndicales que cette organisation poserait…). Et je ne parle pas pour le chu en entier,  je parle pour ce service précisément. Sauf que parler de ce service précisément et pas des autres, au chu c’est impossible ;)

3- Et c’est la question de fond: je me suis toujours demandé si, quand tu n’écoutes pas vraiment un patient, ça se voit…

Et bien la réponse est oui, voilà.

 

 

De l’autre coté du miroir : l’infirmier hospitalisé.

 

Bon alors on se détend hein, ce n’était pas grand chose, juste un petit truc sans anesthésie donc hein… Mais bon, pour la première fois je suis revenu dans le CHU qui m’a formé, pour la première fois je suis passé de l’autre coté : Récit.

Note : tout ceci est vrai, evidemment, sinon ça n’a aucun sens.

9h30 : Oui je suis convoqué à 10h00 mais j’arrive en avance, je ne fais aucune confiance au chu et a son administration interminable ;)). J’ai pris avec moi mes bilans sanguins que j’ai volontairement choisi de ne pas faire envoyer par la poste, par sécurité (non mais oh j’ai bossé dans la maison hein ;) )

9h35: J’arrive dans le service et tout est prêt, une infirmière (qui n’a que ça  à foutre ????) est derrière la borne d’accueil et vérifie mes papiers. Elle me pose ensuite des questions totalement à coté de la plaque sur « ma pathologie » en général et je m’évertue à lui expliquer ce qu’est ma patho et en quoi ces questions ne sont pas adaptées mais elle me sourie gentiment et me dit « oui mais bon ce sont des questions standard qu’on pose à tout le monde hein… » Je réfrène un premier « pouic???? » dans ma tête et je souris à mon tour, répondant aux questions absurdes, carrément au pif. La grande médecine est en marche. Dans le doute je lui pose des questions sur la conduite à tenir dans les jours qui suivront et elle me répond vaguement, pas très sure d’elle. (cf la suite…)

9h45 : On vient me chercher pour me mener « aux vestiaires ». Là, sur un brancard, je trouve une chemise d’opéré, des sur chaussons, un calot et… une culotte filet. Je sais que c’est idiot mais cette culotte me rassure… Je sais que c’est idiot bis mais vraiment l’idée de passer la journée avec les couilles ballotant au vent me gênait un peu (je ne suis pas hyper pudique mais bon)… Note pour plus tard, proposer toujours des culottes filets. C’est idiot mais j’avais vraiment fait une fixette la dessus.

9h50 : Premier drame. Deux Aide soignantes (2!)  viennent me voir pour savoir si je suis bien en tenue. Je dis oui mais il faut que je me remonte dans le lit. Un as me demande si je veux qu’elle me monte le dossier je dis « oui mais je dois me remonter dans le lit », l’as pète un plomb et me gueule carrément dessus « je vous monte le dossier oui ou non??? » je me remonte tout seul et je chuchote un petit merci…  Ensuite on me pousse (a l’envers, bonjour la nausée) dans la grande salle. Au passage d’une porte je vois que des draps qui dépassent et risquent de se coincer alors je les ramène rapidement à l’intérieur, la même as me gueule dessus à nouveau « non mais il faut garder vos mains à l’intérieur hein sinon on ne jamais y arriver !!!! ». Là je lui souris et je lui dit « ok alors démerdez vous »…

9h55: Je suis en place dans mon « box ». Je vous plante le décor : une grande salle vide ou sont rangés 9 chariots identiques au mien, les un à coté des autres et séparés par des rideaux. Au milieu de la salle il y a un comptoir en arc de cercle où sont les infirmières. Pas de radio, pas de télé, on entend très clairement le tic tac de l’horloge et toutes les discussions des ide. Je me dis que je vais me régaler. Je ne serais pas déçu.

10h00 : L’équipe est au complet : 2 as et 2 ide pour 9 lits d’ambulatoire sans anesthésie… Je ne tire aucune conclusion, je ne dis rien.

10h04 : Une des as trouve qu’elle manque de housse d’oreillers et décide d’aller à la lingerie.

10h20 : Une ide brune va vers les patients avec un ordinateur portable pour leur poser des questions. L’ordinateur plante et se bloque. Elle appelle ide blonde et cela prend 20 minutes.

10h30: Mon chir apparait dans la salle, visiblement désœuvré car bloqué par le nettoyage d’une salle. Il papote avec les filles (tout l’équipe s’arrête) et dit bonjour à deux de ses patients. Mais pas à moi. Moi il ne me dira même pas bonjour. Ok, tant pis.

10h40 : L’ide blonde vient vers moi avec son ordinateur. Elle me demande mon identité etc… Puis elle me demande si je sais ce qu’on va me faire et je réponds oui, en gros. Là, elle me fait une réponse magnifique « - Et bien on va vous faire un « hiatus »

-Pouic???

- Ben oui dans le sacrum vous avez un hiatus et c’est par là qu’on passe … »

Là je réalise que cette charmante jeune fille n’a même pas capté que « hiatus  » est un terme d’anatomie qui veut dire juste « trou » et n’a donc strictement aucun sens en soi, si ce n’est simplement un diminutif pour les programmes de bloc… Elle ne fait donc pas la différence entre un code de bloc et le vrai nom du geste à effectuer…et ce qu’il faut dire aux patients…. (pour vous donner un exemple, l’opération de remplacement des ligaments croisés du genoux s’appelle au bloc « DIDT », je m’imagine donc bien dire aux patients « Vous savez pour quoi vous venez? Et ben pour un DIDT, voila! ». Bref je reste zen donc je lui souris et je lui dit évasif…

-Ah oui c’est du charabia de bloc… »

Mais elle me regarde en fronçant les sourcils et puis s’en va sans relever. Son recueil de données d’entrée est fait….

Son recueil de données est fait mais elle ne sait pas ni quelle est ma pathologie, ni ma profession… ni rien en fait. Je suis yann frat 11/09/76, je suis allergique à rien et je viens pour un « hiatus » point barre. Là je repense aux débats sur les recueils de données avec mes enseignantes, qui trouvaient parfaitement naturel de demander aux gens si leur mère les avait désiré pour un simple panaris… Et je me marre…

10h44: Les filles sont toutes derrière le bureau « Non mais attend, nous, recevoir des étudiants on ne peut pas, il n’ y a rien à faire, ils vont apprendre quoi ? On ne fait pas de toilettes !! On ne fait que prendre la tension… Ou alors des premières années?!? »

10h48 Une as amène un café à son infirmière avec un petit chocolat. Je ne sais pas si je dois rire ou pleurer.

11h00 C’est le drame !! Un jeune homme en tenue de bloc débarque et dit a ide brune qu’ils vont recevoir madame X (j’entends le nom hein mais je vais pas le répéter ici) qui sort de salle de réveil mais qui a encore une perte de sensibilité des membres inf suite à sa rachianesthésie.

IDe brune se renfrogne, dialogue :

« -Non mais vous êtes qui au fait? »

Jeune homme est vexé comme un pou :

« -Docteur machin!

-Ah ? Vous êtes interne?

-Non je suis chef de clinique…

-Ah ben désolé je ne vous connais pas…

- J’ai pris le remplacement de docteur truc… Bref elle arrive… »

Mais Ide brune a décidé que non.

« -Oui mais nous on est comme dans une chambre là, on ne pourra pas la scopper !!! »

Le chir la regarde comme une poule, un œuf carré:

« -Mais elle va bien, c’est pas grave ne la scopez pas… »

- gnourf…. »

11h03 Ide brune nous joue l’acte 3 de la scène 8 et appelle toute l’équipe (4 personnes !!) à l’entendre :

« oui alors voila…bla bla bla  Il ne se présente pas….bla bla bla  Nous on ne peut pas la recevoir….bal bla bla On est censés ne recevoir que des gens qui vont bien…. bla bla bla…. Pas normal »

Là je me dis que quelqu’un va lui dire d’aller se calmer et respirer un peu, mais non en fait personne ne dit rien et regarde ses chaussures en souriant. Toute vener, ide brune quitte la salle.

11h15 : Une ide d’un autre service arrive avec un jeune homme derrière elle. Elle passe à peine la tête par la porte:

« -ouais les filles c’est Joe l’étudiant, il a des questions a vous poser! Salut » Et elle pousse d’un coup sur l’épaule l’étudiant au milieu de la pièce… Les ide le regardent, ambiance.

Le pauvre garçon pose alors quelques questions sur l’organisation du service auquel elles répondent en grognant ou pas des réponses hyper courtes. Le pauvre gars sue sang et eau et puis abandonne « ouais ben merci hein »  » y’a pas de mal! »

11h23 : Discussion des restantes autour des derniers potins du service. D’où je suis j’entends tout, forcement je suis à 3 mètres… Évidemment il faut moins de 4 minutes pour que l’une d’elle évoque son accouchement. A ce moment là je me demande si elles réalisent a quel point on entend tout. Apparemment non.

11h40: L’ide brune va vers les patients avec un ordinateur portable pour leur poser des questions. L’ordinateur plante et se bloque. Elle appelle ide blonde et cela prend 20 minutes.

11h55 : La première As revient de la lingerie, elle a réussi à passer de 20 housses 3 fois par semaines à 40 housses 3 fois par semaine. Le reste de l’équipe hésite entre féliciter et se demander si ce n’est pas un peu trop quand même. « c’est pas grave on fera des réserves! »

12h00: J’ai pris un thé ce matin et j’ai envie de pisser. Je dois les appeler 3 fois avant qu’elles ne m’entendent, toutes parties dans leurs histoires d’accouchement. Quand je demande si je peux aller au toilette, une as me dit oui en souriant, les autres font la gueule. Ça je m’en doutais… Ils sont chiants aujourd’hui…

12h00 : Une as va manger avec une ide

12h03 : Un iade vient et trouve … la salle vide. Si, si. 2 ide et 2 as et a 12h03 la salle est vide… Il trouve finalement ide brune en train de faire « un premier lever » (à une personne non anesthésiée donc?) avec son as. 2 personnes pour un lever pour un non anesthésié en laissant tous les autres en plan ???? Ok je dis rien, je constate.

12h05 : L’Iade prévient à nouveau l’ide brune qu’elle va recevoir une rachi. Je vous la fait courte, l’ide brune refuse carrément, l’iade la regarde comme deux ronds de flan.

12h07: A bout de nerf pour cette histoire de rachi, l’ide brune lance à la cantonade qu’elle va voir si il y a des places en salle de réveil . L’as lui sourit et hoche la tête.

12h37 : L’ide brune revient de la salle à coté et elle a vu, il leur reste une place, ah, ah la rachi elle ira la bas, non mais oh !!

12h50 : Liade apporte la rachi et ne trouve encore personne… (ou sont elles???). Il trouve enfin ide brune et lui dit donc que c’est la rachi, ide brune, a bout de nerfs refuse d’écouter les trans et lui dit « qu’il était convenu qu’elle aille en salle de réveil parce qu’on ne peut pas la scopper ici!!! » , l’Iade lui répond que le médecin a dit que ce n’était pas nécessaire… Ide brune est au bord du burn out, « ici c’est comme si elle était en chambre tu vois , en chambre!!! » . L’iade semble, lui aussi, a bout de nerfs.

13h15 : Ma voisine de box, arrivée en même temps que moi, il y a plus de 3 heures, demande si elle peut aller aussi au toilettes, l’ide brune lâche un cri du cœur « ah ça y est c’est contagieux!!! »

13h30 : ide brune décide de s’occuper de Mme X, la rachi. Sa perte de sensibilité et de mobilité sont apparemment très faibles… Mais ide brune voit qu’elle a été deperfusée et c’est le drame. Elle appelle le reste de l’équipe et nous fait l’acte 9 « voila…. Deperfusé!!!!…. Nous sommes comme en chambre !!!! bla bla bla »

13h40: L’ide brune va ver les patients avec un ordinateur portable pour leur poser des questions. L’ordinateur plante et se bloque. Elle appelle ide blonde et cela prend 20 minutes.

13h45 Apparemment le programme de mon chir commence. Chouette. Mais pourquoi suis je la depuis 10h alors?

13h50 : La rachi se plaint d’avoir mal à la tête, ide brune part chercher un anesthésiste.

13h54 : Un couple goguenard (ide? as?) m’amènent au bloc.

14h00 : J’y suis et il y a un monde impressionnant… Je ne sais pas, au moins 8 personnes (?), d’ailleurs c’est simple ils vont tous par deux, même le chir qui ne me parle même pas et laisse son étudiante faire le geste. Quand je m’installe, enfin, l’iade me demande ce que je fais et on commence à parler tranquillement, je lui dis que je suis en libéral et que je note tout depuis ce matin, on rigole trois minutes et il me rassure pendant le geste qui n’est pas « douloureux » mais pas non plus super agréable hein.C’est dingue en 3 minutes je me sens plus proche de cet iade que de toutes celles avec qui je viens de passer 4 heures… Comme quoi, l’accueil c’est surtout une question d’attitude quoi…

14h20 : C’est fini et l’iade me demande ou j’ai caché mon magneto pour prendre des notes depuis ce matin, dans quel orifice naturel parce qu’il n’ont rien vu (NDLR pour être clair j’étais le cul à l’air sur une table de bloc) et « même à la radio ils ont rien vu » je lui dit en souriant « de chercher encore » mais une as du bloc, embarquée dans l’ambiance lâche « ouais c’est vrai on a bien vu derrière mais on n’a rien vu devant » (je vous laisse visualiser ce qu’elle voulait dire). Un silence passe dans le bloc.

14h30 : Je reviens dans mon box en même temps que ide brune qui traine un anesthésiste, blasé, devant sa rachi.

« -Ben donnez lui du profenid…

-Oui mais elle est déperfusée ahhahahahahah!

-Ben… en per os. Un profenid 50 en per os voila. »

14h32   : L’ide brune, vexée comme un pou sort encore de la salle pour chercher le profenid. Nous sommes donc seuls avec une as. Tout va bien.

14h45: Le première ide (celle du « recueil de données » ), la blonde, revient et s’occupe de moi. Enfin elle me prend la tension et fait un petit test neuro quoi.

14h47: C’est officiel je suis en pleine forme. Alors elle appelle mon accompagnant qui doit venir me chercher. Quand je l’entends faire je me dis « mais non… C’est trop tôt gourdasse!!!  » mais je ne dis rien. Elle me prévient en souriant qu’il arrive… hypocrite je luis souris aussi.

14h50 : Ide brune revient et donne son profenid à la rachi dans un verre d’eau. Elle demande à l’as de lui servir un repas.

15h00 : Le téléphone sonne, l’as veut savoir si la patiente veut du poisson ou du jambon.

15h03 : Une as revient avec un papier à la main (je n’invente rien)

« -Eh les filles c’est le roulement de mois de mai ! »

La feuille passe entre les mains

« -T’es où toi Ginette?

-Ben je ne sais pas, on m’a prêté alors…

-Pff c’est toujours nous qu’on prête… Les filles d’à côté elles bougent jamais !!

-Ouais…

-Ah non mais ça va pas du tout!!! Regardez c’est n’importe quoi !!! Vous avez vu comment il a posé mes repos, un jour par ci, un jour par là… Alors là bravo, c’est n’importe quoi !!!

-… (le filles vérifient toutes la feuille)

- Euh calme toi Ginette, en fait tes repos ce sont des jours fériés… Regarde le 1° et le 8… Et puis on est fermés ces jours-là…

-Ah oui… Mais bon quand même j’en toucherai 2 mots à Bertrand !

-Oui enfin, on se calme hein les filles, moi j’ai pris ça sur son bureau (!) mais si ça se trouve c’est pas fini (!!) alors attendez avant de lui sauter dessus (!!!)

-Mouais… »

15h12 La rachi a son plateau repas servi.

15h30 Apparemment les patients de l’après midi commencent à entrer et l’ide blonde réalise subitement… Qu’elle n’a fait sortir personne. Elle commence donc à faire sortir le premier qui est passé. Moi je suis le 3°. Chaque sortie prend a peu près 20 minutes à cause d’un protocole un peu délirant (a base de chariot déplacé, de « premier lever »de changement de vestiaire etc…) et ils sont entrecoupé par des arrivées (car oui il n’y a qu’un seul vestiaire qui fait donc les entrées et les sorties). Je sais que mon accompagnant m’attend déjà surement… et que je ne serais pas sorti encore avant une heure… et encore, une fois parti de la salle, je suis sensé manger avant de quitter l’hôpital. Là bizarrement je perds un peu mon humour.

15h50 La rachi a tout récupéré, elle a mange, elle va bien (tout ça pour ça donc!)

15h55 : Voyant que tout l’équipe s’agite et que les AS enchainent la réfection de deux lits coup sur coup, la rachi, qui a du sentir qu’elle n’était peut être pas la bienvenue, leur dit:

« Roh mes pauvres mais vous n’arrettez pas! »

As (lingerie )se redresse alors et lui dit, à bout de souffle:

« Ne m’en parlez pas et c’est tous les jours comme ça!! »

Moi je fais deux tours dans mon slip en résille.

16h00 IDe brune réalise que c’est le bronx entre les entrées pas encore là et les sorties pas encore sorties alors elle m’improvise une sortie vite fait bien fait avec change dans les chiottes et bise au chien.

16h12 : Je suis rhabillé et prêt à partir. J’appelle mon accompagnant qui n’a pas pu se garer et est bloqué « sur » un rond point, evidemment il me demande ce que je fous !!!

16h20 : Une as me demande si je veux un repas, sachant qu’on m’attend sur un rond point, je décline.

16h30 : Les administratifs du début veulent VOIR mon accompagnant pour me laisser sortir. Je lui dit et il arrive, ravi, laissant sa voiture, en biais, sur le rond point.

16h32 : L’administratif me demande si j’ai besoin d’un bulletin de situation et oui, bien sur que j’en ai besoin d’un…

16h33 : Pour avoir mon bulletin de situation je dois passer alors par l’accueil général de l’hôpital. Je fais un peu la gueule, évaluant déjà le temps perdu. L’administratif me sourit « non mais c’est très rapide vous allez voir! »

16h45 je prends un ticket pour l’accueil général de l’hôpital, il y a 10 personnes devant moi…

17h15: Ça y est je sors de l’hôpital et je monte dans la voiture, sur le rond point, le ventre vide. Sans aucune consigne de sortie. Ceci dit des consignes a monsieur X rentré pour un hiatus et c’est tout, evidemment c’ets pas facile. Et puis le planning venait de sortir. Et puis attend, ils nous ont mis une rachi !

Pouic, pouic, pouic…

Je ne dis rien, je ne tire aucune conclusion, je constate c’est tout…

;))

Ps : Si, quand même, sachez que quand je bossais en clinique privée j’ai du argumenter devant les prud hommes que laisser un ide seul, de nuit, pour 40 patients, opéré du jour ou de la veille c’était un peu excessif… Et on m’a répondu qu’aucun texte n’avait fixé de limites… Mais je dis rien, je constate. ;)

 

Top 5 des critères pour un nouveau boulot

 

5- Que ça change un peu… Et que ça se termine.

Oui je sais, tous les boulots ont nécessairement une part de routine… Mais là ça fait 8 ans que je vois les mêmes personne et que je fais les mêmes gestes aux même heures. Et ça ne finit jamais. Et quand ça se finit (mal hein), c’est pour faire les mêmes gestes, aux mêmes types de gens, aux mêmes heures. Zéro changement, zéro surprise, tous les jours les journées se ressemblent strictement, exactement comme dans les temps modernes. Alors stop.

4- Que je puisse avoir un minimum de vie sociale

Rien de transcendant non plus hein, je ne demande de passer toutes mes nuits en boite mais putain que je puisse tranquillement au moins, prendre des dates pour un ou deux spectacle par an sans stresser en me demandant si ça va être possible ou pas si je vais être libre… Idem pour les voyages, pour le vacances , ras le bol de garder toujours un œil sur le portable pour voir si le cabinet n’a pas appelé, s’il n’y a pas un problème, si je ne dois pas rentrer. Ras le bol, surtout qu’en plus au final ça ne marche pas et j’annule… Ou pour le moins je ne suis jamais sûr, jusqu’à 2 heures avant, si je vais pouvoir partir ou pas.

3- Que j’ai le droit d’être malade

Entendons nous, evidemment que dans tous les boulots être malade pose des problèmes. Sauf que je ne veux plus que ce soit un tempête cosmique et que ça remette en cause tout ce que tu as fait jusque là, voire que ça te pose des problèmes judiciaires… Je ne veux plus jamais entendre « Non mais attend, t’as pas la choix tu vas bosser quatre pattes ». Ras le cul, les filles je vous laisse votre hystérie de super woman…

2- Que les journées se terminent.

J’en peux plus de mélanger en permanence privé et professionnel. De recevoir l’ursaff avec télérama, de répondre aux demande  de rendez vous sur ma terrasse, de me faire réveiller par un connard de médecin qui pète un plomb, on ne sait pas pourquoi, à 7 heures 30 du mat. Ras le bol. Je veux que mes journée se finissent. Je m’en fous de savoir combien elles ont duré mais je veux qu’à un moment, tous les jours je puisse dire: stop on verra demain. Rien que ça.

2bis- Que je ne sois plus entre la marteau et l’enclume.

Vous savez ce dont je rêve? D’être « expert ». Un de ses connards qui n’ont rien d’autre à foutre que de lire trois revues spécialisées et de débarquer de nulle part pour donner mon avis et démonter tranquillement  le travail des autres. On ne vous donne pas les moyens de bosser ? Je ne veux pas savoir, je suis expert. C’est débile ce que je dis? Mais enfin vous n’avez qu’à lire la dernière revue expert 2000 c’est écrit noir sur blanc dessus. Gasp !

Ou alors être derrière un guichet, vous savez, ceux qui disent « Non mais il manque la papier bleu. ah non sans papier bleu je ne peux rien faire vous repasserez et si vous repassez pas vous aurez une amende »… AAAAAAAh le pied!!!!…. Ras le cul de tous connard incapables de donner une adresse exacte, d’avoir une prescription a jour et qui en plus t’engueule parce que tu arrives en retard et que tu n’es pas capable de trouver leur tanière au fond des bois… Une fois, rien qu’une fois : » Vous n’êtes pas la? Dommage ! » ou alors « Désolé les infos que vous m’avez donné sont incomplètes. Je ne passerai pas. » GAAAAAAASSSSSSPPPPP!

1- Qu’il ait une part de créativité, que je fasse marcher mon cerveau

Oh rien de dingo non plus hein, je ne demande pas la place de Karl Lagerfeld hein… Mais bon juste que j’ai l’impression de réfléchir au moins une fois par jour quoi… Non mais je me contente de peu en plus… Tiens l’autre jour j’ai du dépouiller et mettre au propre une colonne de chiffre de la sécu… Et ben je me suis éclaté, ça a même éclairé ma journée… Alors tu vois hein je ne suis pas difficile.

Ok bon alors je vous explique. Comme vous le savez je suis en arrêt depuis quelques semaines et c’est la première fois de ma vie que je m’arrête aussi longtemps, que j’arrête de courir et que je regarde les autres vivre un peu autour de moi. Et là, forcement en prenant du recul on réalise des choses. Et moi je réalise notamment à quel point  mon boulot a pulvérisé ma vie personnelle, a quel point la « nostalgie » que je traine pour certaines parties de ma vie, est en fait la nostalgie des moments… ou j’avais une vie personnelle, tout simplement et un peu de temps « libre » (et où ce que je faisais au quotidien m’intéressait un minimum). Et la bonne blague c’est que j’ai accepté tout ça, j’ai organisé tout ça, essentiellement parce que je pense être quelqu’un sans talent, sans destin, sans originalité, incapable de toute façons, de vivre alors je me suis jeté sur tout ça comme la vérole sur le bas clergé breton, simplement parce que je pense être une merde et que je trouve parfaitement normal d’être traité comme tel. Content en plus, surtout, qu’on me fasse une place, et je n’ai pas cherché plus loin, tout ce qui m’agaçait jusque là était parfaitement normal puisque c’est moi qui suis une feignasse, qui « se prend trop la tête » (combien de fois ai je entendu cette phrase tiens?), parce que tout était ma faute et je n’avais qu’a me taire, comme d’habitude.

Mais le problème c’est qu’à un moment on se fatigue, on s’use, on se blesse à courir comme un canard sans tête. J’aurais beau faire tous les efforts du monde, tous les compromis, avaler toutes les couleuvres, mes valeurs personnelles ne seront jamais raccord avec la vie que je mène. Il y a des choses que j’aime dans mon exercice mais disons-le, 80% du temps, je me fais chier comme un rat mort. Et oui. Et je ne supporte plus non plus la pression sociale autour de moi, tous ces gens qui vivent une vie différente de la mienne, la bonne normalité heterofixée, et qui ne comprennent que fondamentalement je veux autre chose. Autre chose que ça, oui je sais, même si c’est le quotidien de 90% de la population.

Alors, qu’est-ce qu’on fait Heinrich? Et bien je n’en ai aucune idée.

Le rapport aux patients m’intéresse toujours mais je suis fatigué de me justifier en permanence.

Je n’ai pas de gros besoin d’argent mais je ne veux pas sacrifier un minimum de confort et je suis bloqué en province.

Toutes mes tentatives artistiques ont été des fiascos complet, là comme ailleurs, ce que je fais , ce que je dis, ne cadre pas avec ce qu’on attend.

Je n’ai rien contre une formation mais bon sang une fois dans ma vie je voudrais assister à des cours qui me passionnent vraiment, pas juste encore une fois quelque chose qu’on fait parce que bon il faut le faire, ça j’ai déjà donné et si c’est juste pour avoir un boulot « utile » j’ai déjà mon DE.

J’aimerais juste me lever le matin et être content, ne pas partir tous les jours à reculons, en sautant de repos en repos en vacances, en grappillant désespérément de petits bouts de moments ou j’ai l’impression de vivre.

Voilà, voilà.

Si t’as la solution miracle, tu m’appelle hein ?

;)))

Top 5 des métiers impossibles

Bon alors continuons cette grande exploration de mon futur. Prenons la question par l’autre coté avec les métiers qui m’enverraient à coup sur à l’hp.

Note : Il est tout à fait probable que que cette note soit pleine de propos non politiquement corrects, mes excuses par avance à tous ceux que je vais choquer, disons que je souffre et que je suis au fond du trou, bla bla bla… Pouic, pouic, pouic… Et yeux de chaton qui excusent tout.

Bon alors on y va, plutôt crever que d’être:

5- Commercial/vendeur

Bon alors je m’explique, dans l’absolu je pourrais le faire et ça a même été une envie à un moment, devenir chef de rayon en matériau brun. Mais par contre putain, me taper des collègues vendeurs, hétéros, parlant de voitures, de bricolage, de pavillon, de femme, de sport et de labrador, parlant de leurs « perfs » tous les jours au Darty de Juvissy, portant des chemises en tergal et des semelle en crêpes, non vraiment, je sens que je ne vais pas tenir. Et puis eux aussi ils vont me détester et me faire chier, bref, alors non vraiment ça ne va pas être possible.

Et c’est pareil pour pécheur en haute mer. Dans l’absolu j’adorerais hein, la haute mer pendant des mois, le silence, les poissons, les embruns au large de l’Alaska bla bla bla… ok, je signe. Par contre 6 mois par ans enfermé avec des hétéros de base rugueux, dans une cabine de 6m mètres carré, là c’est sûr, un de nous va passer par dessus bord et selon toute probabilité ce sera moi, alors euh … bon…

Pour revenir à vendeur par contre, dans l’absolu, si, j’adorerais faire des montées en gamme et vendre toujours plus de conneries inutiles et hors de prix a des gens de plus en plus cons.Si, si je vous jure, après 10 ans d’infirmier je suis prêt… Mais, comme je me connais bien,  si je vends finalement du matériel brun (hi fi et vidéos pour les béotiens) et comme j’adore ça… Soit je déprimerais de vendre des appareil de merde bas de gamme a des pauvres (c’est pathétique non?) soit je m’agacerais de vendre des trucs haut de gamme a des connard bourrés de fric et qui ne sauront pas apprécier… Donc non bon, a tout prendre je préfère éboueur ou croque mort, tant pis.

4-Homme politique

Devoir avoir un avis sur tout sans pouvoir dire « je ne sais pas, je n’y ai pas réfléchi »… Voir sa tronche en gros plan sur les murs de la ville, posant en costard pourri devant un décor champêtre… Dire des conneries plus grosses que soi, le savoir, juste pour plaire à des vieilles a chien chien… Recevoir les doléances a longueur de journée sur des problèmes qui ne me concernent pas… Subir les pressions plus ou moins directes de ceux qui veulent quelque chose… Devoir faire attention a chaque mot pour ne choquer personne… Devoir en permanence tailler mes décisions pour quelle plaisent à tout le monde (donc à personne)… Sourire tout le temps… Mentir comme un arracheur de dents, le savoir, pour plaire au moment des élections tout en sachant parfaitement qu’une fois au poste, ben tu feras suivant les événements… Ne jamais arriver à rien parce que rien n’est jamais possible… Survoler tous les problèmes et n’en comprendre vraiment aucun… Me faire tailler des costard par des adversaires et des « comiques » plus cons les une que les autres… Entendre enfin tous les piliers de comptoir m’expliquer ce que je devrais faire… A tout prendre je préfère éboueur ou croque mort, tant pis.

3- Prof

Oui c'est Ryan Gossiling... il parait que je lui ressemble.. Si, si... (et puis vous n'avez jamais vu ma tronche alors je dis ce que je veux)

Tous les jours me confronter à une bande d’ados qui se branlent de tout, plus obsédés par leur bite et leur psp que par ce que je leur dit, incapables d’aligner trois mots sans faute, avec cet accent insupportable du jeune, mou comme des mollusques sauf pour faire les malins, qui vont chercher a te piéger sur n’importe quelle connerie, dont tu ne peux pas te moquer ouvertement sous peine de faire un scandale, qui ont toujours raison de toute façon, abrutis en un mot, violents parfois et cons comme des huitres, soutenus par des parents d’élèves encore pire ?

Et quand bien même, si jamais j’arrivais dans une école idéale, où tout les élèves sont motivés et passionnants (on ne sait jamais, si ça se trouve ça existe…) quelle matière mériterait que j’y consacre ma vie? Qu’est ce qui vaudrait la peine que je le rabâche 5 heures par jour, 5 jours par semaine pendant 40 ans?

Non vraiment, à tout prendre je préfère éboueur ou croque mort, tant pis.

Ps: Amis profs, vraiment je vous admire, sachez-le.

2- Acteur

Non mais franchement c’est le métier le plus con du monde non? On te dit exactement où aller, quoi dire, comment t’habiller et tous les jours, à la même heure, tu fais exactement la même chose, comme un chien savant, quel que soit le sujet du texte et ce qu’il dit, quels que soit les mots choisis. Et puis la pression aussi, pour que ton corps soit là, en pleine possession de tes moyens à l’heure dite, à la minute dite, sans filet de secours… Et puis encore, ça c’est quand ça va bien hein, sinon tu te tapes les animations en super marché, les figurations dans les séries télé, les pubs et les castings, ou toute une armée de connard égocentriques sont incapables de te dire rapidement oui ou non, comme si ils avaient besoin de plus de 5 minutes pour prendre une décision, comme si tu étais incapable de comprendre que tu colles pas à ce rôle et que ce n’est pas si grave en soi… Enfin, quand on te rappelle bien sur, ce qui est déjà un luxe…

Alors ok, autant acteur star millionnaire avec des fans tout autour du monde pourrait peut être me tenter (;)) ), autant aussi voir mon texte joué devant un public a été (est) l’un des moments les plus forts de ma vie, autant acteur non… A tout prendre je préfère éboueur ou croque mort, tant pis.

1- Assistant social / éducateur

Et là pour le coup, je sais de quoi je parle… (je suis ide et fils d’éducateur spé…) et alors là c’est clair, plutôt crever que de m’occuper encore de toute la misère du monde, tous les alcooliques qui ne veulent pas se soigner, les toxs idem, les victimes permanentes, tous ceux qui ne veulent pas au fond s’en sortir, tous ceux où tu sais que de toutes façon c’est mort d’avance, toutes les victimes des connards précédents, cassées pour toujours, tous ceux qui te menacent, tous ceux qui te prennent à la gorge, pris face à une administration plus conne de jour en jour et qui refuse de comprendre, et toi qui essaye de faire ce que tu peux, et qui te démène même si tu sais très bien que ça ne sert à rien et que dans 3 mois tout sera à refaire… Tous les « projets » que tu mets en place même quand tu sais pertinemment que evidemment que non, personne ne tiendra ses engagements… Être le seul rempart de raison raisonnable, au milieu d’un océan de connerie, de névrose, de délire et de n’importe quoi… Non, non, non, j’ai déjà bien donné… A tout prendre je préfère éboueur ou croque mort, tant pis. Mais alors vraiment vraiment…

Ps: c’est drôle mais beaucoup de gens me disent qu’ils n’arriveraient pas faire des toilettes… Mais franchement entre 10 toilettes en période de gastro et trouver une place d’accueil provisoire pour la troisième fois, à une jeune mère de 17 ans parce que son « copain », alcoolique notoire, lui a encore foutu sur la gueule… Moi j’ai choisi ;)))

 

Ps général : Bon alors on ne s’emballe pas hein et on ne me sort pas de grands mots merci… Oui je sais, mes propos sont surement « choquants » pour des béotiens qui travaillent au chaud derrière des bureaux… Je suis sur par contre que les personnes concernées vont me comprendre et ne pas être choquées. Oui, bien sur j’exagère… Mais surement moins que vous croyez… ;)))

 

Articles plus anciens «