
Alors oui je sais, on se demande un peu d’où ça sort cet article, quel mouche me pique. Oui mais voilà, il fait partie de toute une série d’articles que j’écris dans ma tête depuis des mois et que je n’ai jamais le temps d’écrire (parce que je passe des concours, parce que je m’occupe des fuites d’eau dans mon immeuble et du pass vigik etc… ;)) ). Mais enfin, voilà, la laïcité donc.
Non parce que je n’en peux plus d’entendre la même idiotie partout : la laïcité ne s’oppose pas aux religions mais à la notion de sacré.
Oui mais qu’est ce que la notion de sacré ne direz-vous?
Et bien la notion de « sacré » c’est penser (ou poser hein, parce qu’on est forcement dans le postulat) que des « objets » (au sens large : objets matériels (croix, eau etc…) ou immatériels (habitus, paroles etc…)) sont d’essence divine et sont donc « à part » du reste du monde matériel. Poser le sacré c’est donc penser certains objets comme intouchables et c’est exactement cette idée à laquelle s’oppose la laïcité. La laïcité (ou enfin l’idée de…) pose donc au contraire que tous les objets se valent, et que la seule échelle de valeur acceptable est celle de l’utilité (et si possible pour le plus grand nombre quand on est en démocratie), en clair que les objets sont classés en fonction de leur utilité intrinsèque, sans postulat préétabli.
En clair dans une mairie laïque, si le choix doit se porter entre réparer une église ou un gymnase, l’arbitrage devrait se faire en fonction de l’utilité intrinsèque de chaque objet (en clair, en fonction du nombre de personnes qui l’utilisent ou alors en fonction de la valeur historique du bâtiment) sans autre critère.
Cela peut sembler un détail mais le sacré par définition est un postulat et donc ne supporte pas la contradiction (oui c’est une lapalissade je sais). L’inacceptable dans le sacré c’est que par définition il s’impose à tous croyants ou non. Le sacré est donc rien de moins que l’antithèse de la démocratie au fond.
Quid du religieux en pays laique alors?
Une fois cette notion posée, on voit alors que le religieux a tout à fait sa place comme démarche personnelle dans un pays laïque. Le seul interdit en fait serait simplement de se référer à une notion de « sacré » pour imposer une décision. En cela toute décision, ou tout argumentation que ne prend pas sa justification en elle-même, dans la raison et dans l’évidence de son énoncé ou sur une conviction personnelle (après tout, on a le droit!) mais qui au contraire se justifie sur un objet externe considéré comme sacré devrait par essence être considérée comme nulle et non avenue. Quand dans un pays laïque un élu brandit une bible ou un coran pour imposer un choix il devrait donc immédiatement être sanctionné, pas pour l’idée énoncée en elle-même et quelle qu’elle soit, mais pour « délit d’atteinte à la laïcité » et comportement antidémocratique (on élit des représentants pour leurs convictions et leurs raisons, pas pour leurs connaissances théologiques)
A l’inverse, à partir du moment ou l’on accepte de ne pas utiliser le sacré et les croyances comme argument dans l’espace publique, toutes les religions (en tant que morale personnelles) sont evidemment acceptables. Et toutes les opinions et les avis peuvent s’exprimer. On peut même contester, par définition, le principe de laïcité puisqu’il n’est pas sacré (mouahahahah)
Comment, au contraire, se prendre les pieds dans le tapis de la laicité?
Le problème me semble donc qu’on a un peu perdu cette notion de base que « la laïcité est le refus de la notion de sacré et pas le refus de la religion » (oui je me répète mais comme ça ça rentre ;) ) . Or cette notion est harcelée sans cesse (et de plus en plus je trouve non?) par les religieux. En fait je pense même que c’est parce que la notion de laïcité « branle dans le manche » en ce moment que les religieux on senti qu’un boulevard s’ouvrait.
L’exemple le plus flagrant me semble le problème du voile / de la burka (etc…) (je suis désolé il y a des tas d’autre exemples dans toues les religions mais celui ci est, disons, le plus visuel). En clair, les religieux imposent le port d’une tenue spécifique à leurs adeptes, soit. Ils justifient evidemment cette notion par l’idée de sacré (plus ou moins habilement maquillé sous la notion de « culture, de tradition, d’habitus » qui est de fait un nouvelle forme pas très discrète de sacré) (la tradition comme le sacré est un postulat qui ne se pose pas sur la raison ou le choix et qui s’impose à tous ses membres, cqfd). Bref en clair les religieux disent « les femmes doivent porter le voile parce que c’est ma religion/tradition et que c’est sacré ».
Et là le piège dans lequel on est tombé a été de répondre sur l’objet du voile en faisant des lois spécifiques sur cet objet.
Pourquoi ? Parce qu’en le faisant objet de texte de loi spécifiques, on est en train de lui donner un statut particulier, ce qui exactement le piège attendu… Puisqu’il reprend, en croyant le combattre, le mode de réflexion des religieux. Dommage eliane: en croyant combattre le voile ou la burka on est en train de le « sacraliser » à nouveau.
Au contraire la seule réponse laïque aurait été, il me semble, tout d’abord de rappeler que dans un pays laïque la tradition ou la religion n’est pas un argument audible en soi, puis ensuite de régler les problèmes un par un en fonction de ce qu’est réellement cet objet : à savoir un bout de tissu qu’on se met sur la tête et qu’on doit enlever quand c’est nécessaire.
L’exemple de la burka est encore plus parlant. En croyant protéger les femmes on a fait un texte de loi qui l’a sacralisé et reconnu comme objet particulier dans la loi française. Pourtant quel est le problème? Que des femmes veuillent se cacher dans un sac et marcher dans la rue? En quoi ça gène (d’ailleurs ça ne gène personne quand ses femmes viennent du moyen orient et arpentent les avenues chics de Paris)? Mais par contre on doit evidemment l’enlever pour être reconnu lorsque c’est nécessaire (à la caisse des magasin ou lors d’un contrôle de police, bref chaque fois que l’on doit justifier son identité), par n’importe qui dont la fonction justifie cette demande quel que soit son sexe et ceci est non négociable car la même loi s’applique pour tous.
Évidemment on va me dire que ma pensée ras du bonnet oublie sur ce sujet précis que la burka est en gros « le symbole de l’aliénation des femmes » et que je ne vois pas « le prosélytisme religieux » que masque cette démarche. Sauf que cet argument même fait l’erreur majeur de resacraliser encore une fois un objet en l’enfermant dans un statut de symbole (cet objet n’est plus considéré pour ce qu’il est réellement mais pour ce qu’il représente) … Et par là de réduire la problématique et de la complexifier… au lieu d’aider à la résoudre. Puisque si on reconnait un statut particulier à cet objet , on donne raison à ceux qui veulent l’imposer en raison justement de son statut « particulier ». Donc en clair la défense de la femme est un sujet, la liberté de s’habiller comme on veut dans l’espace public en est un autre, l’obligation de décliner son identité clairement quand on le demande en est un troisième, et celle de de ne pas conduire avec n’importe quoi sur la tête qui réduit drastiquement le champs de vision en est un quatrième. (Enfin et à titre totalement personnel je ne suis pas sur que de voir des femmes en burka marcher dans la rue, soit la meilleure publicité à faire aux musulmans et que cela relève d’un prosélytisme efficace, au contraire… Mais ça c’est un avis personnel).
Et donc me direz-vous, soit mon grand mais qu’est ce qui te prend a nous pondre tout à coup un texte sur un sujet comme ça? Et bien c’est juste que je suis fatigué de l’ambiance délétère qui règne partout et encore plus de l’absence de réponse rationnelles aux attaques des religieux sur tous les sujets. Donc je répète : vivre dans un pays laïque ce n’est pas rejeter les religions mais refuser la notion de sacré pour lui préférer celle de la raison et du choix du plus grand nombre. Donc non s’opposer aux moindres désidératas de tel ou tel n’est pas du racisme, du combat idéologique ou de la bêtise… c’est simplement du droit. Et en tant que soignant je refuse donc de faire des insulines tout à coup à 23 heures à un étudiant qui a décidé de vivre la nuit comme je refuse de le faire pour des musulmans qui font le ramadan, je refuse aussi de soigner aussi bien les gens qui exigent que ce ne soit que moi qui les soigne « parce que je suis un homme » que ceux qui exigent que seules mes collègues viennent « parce que ce sont des femmes » et non , je ne fais même pas l’effort d’aménager le roulement. Je me contrefous par contre de soigner des gens avec des kippas, des burkas, des fichus hermès ou des crucifix de 4 mètres au mur parce que ce n’est pas mon problème, j’ai viré illico de ma tournée cette femme qui ne voulait plus voir ma collègue « bistre » parce qu’elle ne « savait pas faire vraiment les pansements » (ben voyons), comme j’engueule aussi ma collègue à chaque fois qu’elle me répond que « pff c’est du racisme! » à la moindre remarque des patients sur son travail (parce que oui la différence est flagrante), je ne fais pas plus ou pas moins d’effort pour les gens à peu blanche, jaunes, noire ou bleu et qu’ils viennent du nord, du sud de l’est ou de l’ouest, qu’ils soient sourd aveugles ou muets mais par contre entendre le si classique « il ne peut pas comprendre c’est dans sa culture » me rend totalement hystérique…
Alors voilà pourquoi j’ai écris ce texte, parce que en 2013 je dois me justifier très souvent de tout ça et que sincèrement… ça me fatigue!

























