La laicité, une fois pour toutes.

laicite

 

Alors oui je sais, on se demande un peu d’où ça sort cet article, quel mouche me pique. Oui mais voilà, il fait partie de toute une série d’articles que j’écris dans ma tête depuis des mois et que je n’ai jamais le temps d’écrire (parce que je passe des concours, parce que je m’occupe des fuites d’eau dans mon immeuble et du pass vigik etc… ;)) ). Mais enfin, voilà, la laïcité donc.

Non parce que je n’en peux plus d’entendre la même idiotie partout : la laïcité ne s’oppose pas aux religions mais à la notion de sacré.

Oui mais qu’est ce que la notion de sacré ne direz-vous?

Et bien la notion de « sacré » c’est penser (ou poser hein, parce qu’on est forcement dans le postulat) que des « objets » (au sens large : objets matériels (croix, eau etc…) ou immatériels (habitus, paroles etc…)) sont d’essence divine et sont donc « à part » du reste du monde matériel. Poser le sacré c’est donc penser certains objets comme intouchables et c’est exactement cette idée à laquelle s’oppose la laïcité. La laïcité (ou enfin l’idée de…) pose donc au contraire que tous les objets se valent, et que la seule échelle de valeur acceptable est celle de l’utilité (et si possible pour le plus grand nombre quand on est en démocratie), en clair que les objets sont classés en fonction de leur utilité intrinsèque, sans postulat préétabli.

En clair dans une mairie laïque, si le choix doit se porter entre réparer une église ou un gymnase, l’arbitrage devrait se faire en fonction de l’utilité intrinsèque de chaque objet (en clair, en fonction du nombre de personnes qui l’utilisent ou alors en fonction de la valeur historique du bâtiment) sans autre critère.

Cela peut sembler un détail mais le sacré par définition est un postulat et donc ne supporte pas la contradiction (oui c’est une lapalissade je sais). L’inacceptable dans le sacré c’est que par définition il s’impose à tous croyants ou non. Le sacré est donc rien de moins que l’antithèse de la démocratie au fond.

Quid du religieux en pays laique alors?

Une fois cette notion posée, on voit alors que le religieux a tout à fait sa place comme démarche personnelle dans un pays laïque. Le seul interdit en fait serait simplement de se référer à une notion de « sacré » pour imposer une décision. En cela toute décision, ou tout argumentation que ne prend pas sa justification en elle-même, dans la raison et dans l’évidence de son énoncé ou sur une conviction personnelle (après tout, on a le droit!) mais qui au contraire se justifie sur un objet externe considéré comme sacré devrait par essence être considérée comme nulle et non avenue. Quand dans un pays laïque un élu brandit une bible ou un coran pour imposer un choix il devrait donc immédiatement être sanctionné, pas pour l’idée énoncée en elle-même et quelle qu’elle soit, mais pour « délit d’atteinte à la laïcité » et comportement antidémocratique (on élit des représentants pour leurs convictions et leurs raisons, pas pour leurs connaissances théologiques)

A l’inverse, à partir du moment ou l’on accepte de ne pas utiliser le sacré et les croyances comme argument dans l’espace publique, toutes les religions (en tant que morale personnelles) sont evidemment acceptables. Et toutes les opinions et les avis peuvent s’exprimer. On peut même contester, par définition, le principe de laïcité puisqu’il n’est pas sacré (mouahahahah)

Comment, au contraire, se prendre les pieds dans le tapis de la laicité?

Le problème me semble donc qu’on a un peu perdu cette notion de base que « la laïcité est le refus de la notion de  sacré et pas le refus de la religion » (oui je me répète mais comme ça ça rentre ;) ) . Or cette notion est harcelée sans cesse (et de plus en plus je trouve non?) par les religieux. En fait je pense même que c’est parce que la notion de laïcité « branle dans le manche » en ce moment que les religieux on senti qu’un  boulevard s’ouvrait.

L’exemple le plus flagrant me semble le problème du voile / de la burka (etc…) (je suis désolé il y a des tas d’autre exemples dans toues les religions mais celui ci est, disons, le plus visuel). En clair, les religieux imposent le port d’une tenue spécifique à leurs adeptes, soit. Ils justifient evidemment cette notion par l’idée de sacré (plus ou moins habilement maquillé sous la notion de « culture, de tradition, d’habitus » qui est de fait un nouvelle forme pas très discrète de sacré) (la tradition comme le sacré est un postulat qui ne se pose pas sur la raison ou le choix et qui s’impose à tous ses membres, cqfd). Bref en clair les religieux disent « les femmes doivent porter le voile parce que c’est ma religion/tradition et que c’est sacré ».

Et là le piège dans lequel on est tombé a été de répondre sur l’objet du voile en faisant des lois spécifiques sur cet objet.

Pourquoi ? Parce qu’en le faisant objet de texte de loi spécifiques, on est en train de lui donner un statut particulier, ce qui exactement le piège attendu… Puisqu’il reprend, en croyant le combattre, le mode de réflexion des religieux. Dommage eliane: en croyant combattre le voile ou la burka on est en train de le « sacraliser » à nouveau.

Au contraire la seule réponse laïque aurait été, il me semble, tout d’abord de rappeler que dans un pays laïque la tradition ou la religion n’est pas un argument audible en soi, puis ensuite de régler les problèmes un par un en fonction de ce qu’est réellement cet objet : à savoir un bout de tissu qu’on se met sur la tête et qu’on doit enlever quand c’est nécessaire.

L’exemple de la burka est encore plus parlant. En croyant protéger les femmes on a fait un texte de loi qui l’a sacralisé et reconnu comme objet particulier dans la loi française. Pourtant quel est le problème? Que des femmes veuillent se cacher dans un sac et marcher dans la rue? En quoi ça gène (d’ailleurs ça ne gène personne quand ses femmes viennent du moyen orient et arpentent les avenues chics de Paris)? Mais par contre on doit evidemment l’enlever pour être reconnu lorsque c’est nécessaire (à la caisse des magasin ou lors d’un contrôle de police, bref chaque fois que l’on doit justifier son identité), par n’importe qui dont la fonction justifie cette demande quel que soit son sexe et ceci est non négociable car la même loi s’applique pour tous.

Évidemment on va me dire que ma pensée ras du bonnet oublie sur ce sujet précis que la burka est en gros « le symbole de l’aliénation des femmes » et que je ne vois pas « le prosélytisme religieux » que masque cette démarche. Sauf que cet argument même fait l’erreur majeur de resacraliser encore une fois un objet en l’enfermant dans un statut de symbole (cet objet n’est plus considéré pour ce qu’il est réellement mais pour ce qu’il représente) … Et par là de réduire la problématique et de la complexifier… au lieu d’aider à la résoudre. Puisque si on reconnait un statut particulier à cet objet , on donne raison à ceux qui veulent l’imposer en raison justement de son statut « particulier ». Donc en clair la défense de la femme est un sujet, la liberté de s’habiller comme on veut dans l’espace public en est un autre, l’obligation de décliner son identité clairement quand on le demande en est un troisième, et celle de de ne pas conduire avec n’importe quoi sur la tête qui réduit drastiquement le champs de vision en est un quatrième. (Enfin et à titre totalement personnel je ne suis pas sur que de voir des femmes en burka marcher dans la rue, soit la meilleure publicité à faire aux musulmans et que cela relève d’un prosélytisme efficace, au contraire… Mais ça c’est un avis personnel).

Et donc me direz-vous, soit mon grand mais qu’est ce qui te prend a nous pondre tout à coup un texte sur un sujet comme ça? Et bien c’est juste que je suis fatigué de l’ambiance délétère qui règne partout et encore plus de l’absence de réponse rationnelles aux attaques des religieux sur tous les sujets. Donc je répète : vivre dans un pays laïque ce n’est pas rejeter les religions mais refuser la notion de sacré pour lui préférer celle de la raison  et du choix du plus grand nombre. Donc non s’opposer aux moindres désidératas de tel ou tel n’est pas du racisme, du combat idéologique ou de la bêtise… c’est simplement du droit. Et en tant que soignant je refuse donc de faire des insulines tout à coup à 23 heures à un étudiant qui a décidé de vivre la nuit comme je refuse de le faire pour des musulmans qui font le ramadan,  je refuse aussi de soigner aussi bien les gens qui exigent que ce ne soit que moi qui les soigne « parce que je suis un homme » que ceux qui exigent que seules mes collègues viennent « parce que ce sont des femmes » et non , je ne fais même pas l’effort d’aménager le roulement. Je me contrefous par contre de soigner des gens avec des kippas, des burkas, des fichus hermès ou des crucifix de 4 mètres au mur parce que ce n’est pas mon problème, j’ai viré illico de ma tournée cette femme qui ne voulait plus voir ma collègue « bistre » parce qu’elle ne « savait pas faire vraiment les pansements » (ben voyons), comme j’engueule aussi ma collègue à chaque fois qu’elle me répond que « pff c’est du racisme! » à la moindre remarque des patients sur son travail (parce que oui la différence est flagrante), je ne fais pas plus ou pas moins d’effort pour les gens à peu blanche,  jaunes, noire ou bleu et qu’ils viennent du nord, du sud de l’est ou de l’ouest, qu’ils soient sourd aveugles ou muets mais par contre entendre le si classique « il ne peut pas comprendre c’est dans sa culture » me rend totalement hystérique…

Alors voilà pourquoi j’ai écris ce texte, parce que en 2013 je dois me justifier très souvent de tout ça et que sincèrement… ça me fatigue!

 

 

 

 

PMA (puisque l’on va enfin en parler)

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Oui je sais aucun rapport. Mais ça fait genre ;)

 

Note importante : J’ai commis une erreur majeure au moment ou j’ai publié ce texte : la PMA ne fait pas partie du texte « mariage pour tous » qui a été voté à l’assemblée il y a quelques jours (ce texte ne parle que du mariage et de l’adoption entre personnes du même sexe). Ça m’apprendra à me faire tellement enfumer par certains barjots et à ne pas suivre attentivement les débats. Pan sur le bec.

Ceci dit, le texte sur la pma pour les personnes du même sexe va être étudié dans les mois qui viennent. Alors pendant que le comité consultatif d’éthique étudie la question,  ben je donne mon avis en avance quoi…

Je pensais qu’intervenir après les débats me donnerait de la hauteur, je suis en fait en avance de plusieurs mois sur mon temps… désolé c’est une maladie chez moi ;)

Ben oui on peut être de gauche, pd et bien pensant et avoir un problème avec cette idée… Je m’explique:

1- La pma ne touche qu’une minorité.

Sauf erreur de ma part, elle ne concerne que les femmes homosexuelles, donc une minorité dans la minorité. Évidemment, en soi, cela n’est pas un argument mais si on voulait absolument faire une grande loi valise qui permette à tous les gays d’avoir des enfants pourquoi ne pas avoir alors fait passer avec la GPA dans le lot? Et là l’argument fuse: les féministes refusent l’idée que les femmes louent leur corps pour la procréation. Soit. Par contre réduire le masculin à un sac de sperme dont on peut faire ce qu’on désire ça c’est acceptable. Ok, je le note.

D’autre part, et désolé mais là je suis parfaitement sincère, la pma ne concerne que des femmes qui refusent d’avoir un contact avec des hommes pour procréer (elles ne sont pas stériles). Et moi cette idée me gêne voilà. Pour avoir un gosse quand on est une femme, il faut se « frotter » au masculin (et inversement d’ailleurs). Même un peu, même de loin. Un enfant nait aussi de la fusion de deux personnes et pas du désir maternel seul, symboliquement ça me semble important. Oui mais quelle est l’alternative me direz-vous alors? Se faire engrosser par le premier venu c’est mieux? Monter des systèmes avec deux couples et des gardes partagées c’est mieux? Faire une pma c’est donc quand même plus simple non?

Oui et non. En tous cas une chose est sûre, si la méthode traditionnelle n’est pas « plus simple » elle présente deux avantages qui me semblent importants : faire exister le masculin (même vu rapidement, le père existe ce n’est pas une éprouvette anonyme, l’enfant ne nait donc pas du désir seul de ses mères…) , ensuite et surtout, il n’instrumentalise pas la médecine.

2- La médecine est instrumentalisée.

Là on va aborder un point de bioéthique qui me semble essentiel. Jusque là, sauf erreur de ma part, en France toutes les lois bioéthiques ont toujours posé le principe (et la limite) d’une médecine faite pour pallier un manque du à une pathologie mais jamais pour améliorer le vivant. Ça n’a l’air de rien mais c’est pour moi essentiel: jusque là la médecine guérit ou pallie à un manque mais ne modifie pas le vivant.

Oui je sais bien que ça fait vieux con ce principe et qu’il est parfaitement contestable au fond (puisqu’on peut faire quelque chose, pourquoi s’en empêcher?) mais jusque là il a mené la barque de la bioéthique (bien chahutée par les progrès hallucinants sur le génome, sur l’embryon etc…) dans une ligne à peu prés droite.

Or cette loi sur la PMA bat en brèche ce principe, puisque pour la première fois la médecine va aider des femmes qui ne sont pas stériles à avoir des enfants dans les modalités qui leur plaisent. La médecine va donc permettre a des femmes de passer « par dessus » le biologique. Et donc je me pose une seule question : Est-ce son rôle? Et-ce le rôle de la médecine d’améliorer le vivant pour qu’il soit plus conforme aux désirs de chacun ?.

Prenons un autre exemple, un couple a deux filles et ils veulent un troisième enfant. Ils rêvent que ce soit un garçon, ce qui est entendable non? La loi aujourd’hui interdit le tri des gamètes, même dans ce cas banal, parce qu’on ne réserve le tri des gamètes qu’aux pathologies graves. Mais demain? Comment expliquer a des parents que le désir des deux femmes d’enfanter « médicalement » est légitime mais pas celui de choisir le sexe de son 3° enfant? De même , et la question s’est déjà posée (si,si!), pour tous ceux qui ont congelé leurs gamètes et qui décèdent, si la veuve le demande, peut-on les faire enfanter post mortem? Jusque là l’évidence nous a retenu, mais demain, si le principe évident de la compensation de la pathologie est franchi une fois, qu’est ce qui nous retient? Si les gamètes ne sont qu’un fluide biologique dont on fait ce qu’on veut, qu’est ce qui nous retient?

Je suis peut être tout seul à penser ça mais pour moi c’est vraiment un problème philosophique fondamental bien plus grave que les petits besoins de chacun: la médecine doit-elle se contenter de compenser des pathologies ou bien peut-elle s’aventurer à améliorer le vivant, même pour le rendre plus « pratique »?

 

PS:Autre aspect plus trivial mais néanmoins rigolo, si la pma est remboursée par la secu, comment justifier alors que la chirurgie esthétique ne le soit pas (après tout là aussi on parle de désir sans pathologie)? Inversement, si elle ne l’est pas, ne va t on pas recréer une inégalité intolérable avec des couples hétéros?

Chère Lou Douillon

-lou-doillon

Je te rassure tout de suite, je n’ai rien contre toi, j’ai même plutôt un a priori positif… Bien qu’au fond je ne sache pas trop bien ce que tu fais (enfin oui je sais que tu viens de sortir un album mais comme je fais partie des idiots qui achètent les disques (mais pas assez cons cependant pour les payer 20 euros juste pour plaisir narcissique de les avoir quand télérama en parle) j’attends juste quelques semaine pour qu’il soit en soldes).

Ceci dit je viens de tomber sur ton interview du 14 et 15 décembre 2012 dans figaro madame (oui je sais ça date un peu mais je viens juste de le piquer dans la salle d’attente de mon colocataire médecin) (oui il est de droite et il lit madame figaro et l’expansion) (oui médecin et humanisme il y a longtemps que je n’y crois plus, perso) (mais enfin ce n’est pas le sujet là non?) et là franchement ce n’est plus possible. Alors désolé ça va tomber sur toi.

Non parce que les « fils » et « fille de » à un moment ça va quoi. Ça devient franchement ridicule, personne ne vous reproche d’avoir eu la chance d’être bien nés alors pourquoi vous sentez-vous obligés de vous justifier? En plus il faut voit comment vous vous y prenez… Et c’est là que vous devenez franchement insupportables.

Prenons ton cas à toi. Tu nous balances donc, la souffrance qu’a été ta vie entre un réalisateur mythique et un trésor national, à quel point c’est dur que tout le monde s’interresse à toi, pauvrette, et parle de toi, la pression des médias tout ça… Et puis ensuite tu nous balances tranquille ça (que je cite in extenso parce que vraiment ça vaut son pesant de cacahouètes):

« J’ai été porté par son amour [celui de sa mère, jane birkin], par celui d’Etienne Daho aussi, à qui elle avait demandé de jeter un œil, ou plutôt un oreille, sur mes chansons. Comme je n’avais pas de demo, il est venu dans ma cuisine m’écouter les chanter sur ma guitare. Le lendemain il m’appelait pour me fredonner l’une d’elles, me disant que la mélodie lui était restée en tête. Et donc, que c’était gagné. Il a ensuite travaillé comme un orfèvre sur les arrangements ».

Bon et là je dis stop, comment tu peux nous sortir EN MÊME TEMPS les difficultés intolérables de ton statut « de fille de  » ET une énormité pareille ??? A un moment il faut choisir son camp. Parce que dans la vraie vie des fils de personne, Etienne Daho ne débarque pas dans les cuisines écouter des demi démos à la gratte avant de trouver ça génial et de produire l’album. Non, non. Dans la vraie vie t’as intérêt à bien chiader des démos et encore des démos et puis attendre encore pour qu’un vague assistant s’interresse vaguement à toi, si tu as un cul vendable… Et encore si tu as de la chance. Je connais des dizaine de musiciens qui tueraient pour croiser Etienne Daho, tu as la chance de l’avoir dans tes relations alors au moins reconnais-le humblement.

Et puis pour tes « souffrances de fille de » c’est pareil. Il faut arrêter à un moment, les fils de profs souffrent dans les cours d’école, les fils du maire, les fils du docteur, les fils dont les parents sont obèses, ou les fils de cas soc, ou les pédés, j’imagine les fils de pédés etc… Bref, TOUT LE MONDE souffre dans la cours d’école (à croire que c’est fait pour d’ailleurs, dégonfler les égos des bichon à maman, histoire qu’ils apprennent qu’en société tout le monde n’est pas gentil et qu’il faut se défendre ou bien… prendre sur soi) sauf qu’en plus  rares sont ceux dont les souffrances permettent de trouver un boulot artistique et, quand même, plutôt pas mal payé (ton père t’as fait tourner à 14 et 17 ans. Tourner dans un film ce n’est pas tout à fait ramasser des prunes ou faire les vendanges…). Tu dis toi même que tu ne savais pas ce que tu voulais faire, sauf que tout le monde s’intéresse à toi quand même… Quelle souffrance vraiment. Je veux dire, comparé aux fils de taulards par exemple, non vraiment.

Mais comprends moi bien cependant, je ne te reproche absolument pas ton statut de fille de hein et je ne remets pas en cause ton talent probable. Au contraire. Tu as eu une chance extraordinaire que tu sais mettre à profit, très bien, parfait pour toi, de toute manière c’est ce qu’on fait tous. Par contre, de grâce, arrête d’essayer de te faire plaindre sur ce statut, ça c’est vraiment insupportable. En plus ça te fait passer pour une extra terrestre au melon cosmique qui prend vraiment le vulgum pecus pour des cons et ça ne donne pas très envie de intéresser à toi. Voilà c’est dit.

Sans rancune

Ton yanounet

Ps: Et tu peux faire passer le mot aussi à Julie Depardieu qui tient le même type de discours (alors qu’elle n’a vraiment pas besoin de ça, son talent est tellement évident). Vivre avec son père a été très dur (c’est vrai qu’elle devait manquer d’espace, rive gauche…). Cependant elle ne savait pas si elle voulait devenir comédienne mais un metteur en scène « l’a vu sortir de sa cuisine et l’a suppliée de jouer dans son film ». Non mais allo quoi. Quelle souffrance intolérable, vraiment….

 

45 h de formation suffisent pour prescrire.

Désolé pour les non infirmiers mais ce texte vous concerne au premier plan, puisque c’est vous qui êtes de l’autre côté de la seringue…

Pour résumer, sous couvert de « développement de la profession ide »  une loi a été passée qui permet des « accords » entre médecins et infirmiers dans certains lieux pour déléguer une compétence (pour un acte etc…). Ce texte relève carrément de la tambouille (chacun fait ce qu’il veut dans son coin, sans coordination ni limitation nationale, donc ce qui est possible dans un service ne le sera pas dans un autre etc…) et pose de vraies graves question que le site du SNPI pose et relais activement (oui le snpi est un syndicat, non ce n’est pas le mien mais oui ces questions sont vraiment pertinentes… alors que tous les autres ronflent).

Je vous conseille donc de lire ce texte et si vous avez des questions, ben je suis là.

Mais au moins cette fois, vous êtes prévenus.

Ps Et avant de lire ça je vous rappelle qu’il est toujours strictement interdit aux infirmières de lycée de donner un paracétamol quand un gosse a mal à la tête parce que nous sommes trop… et surtout pas formées pour ça (évaluer et prescrire) dixit le  conseil de l’ordre des médecins.

Marissol Touraine et Claude Evin expérimentent les soins low-cost en Ile de France : après seulement 45 heures de formation théorique, des infirmières peuvent remplacer des cancérologues !

L’article 51 de la loi Bachelot du 21 juillet 2009, portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (loi HPST) autorise les « coopérations entre professionnels de santé », c’est-à-dire un protocole entre professionnels, accepté par l’Agence Régionale de Santé ARS, pour effectuer la mise en place, à titre dérogatoire et à l’initiative des professionnels sur le terrain, de transferts d’actes ou d’activités de soins qui ne figurent pas dans notre décret d’actes (dit décret de compétences). En décembre 2012, un sondage auprès de 13.234 infirmières a montré que 87 % de ces professionnels infirmiers sont hostiles aux modalités de ces coopérations art 51. http://www.syndicat-infirmier.com/8…

A ce jour 19 protocoles sont validés en France, dont 10 pour la seule ARS d’Ile de France. Nous étions jusque là surtout dans des transferts d’actes techniques. Mais le 28.12.12, Claude EVIN, le Directeur Général de l’ARS IDF a autorisé un protocole d’une toute autre nature « Consultation infirmière de suivi des patients traités par anticancéreux oraux à domicile, délégation médicale d’activité de prescription » (voir les documents en téléchargement, ainsi que sur leur site http://www.iledefrance.paps.sante.f… ).

Dans ce protocole, les actes réalisés par l’IDE et leur nature dérogatoire sont précisés pages 3 et 4 :
- Prescription d’examens biologiques et radiologiques selon des critères stricts en fonction de protocoles validés spécifiques à chaque molécule et leur interprétation suivie de décision.
- Réponse à des questions médicales et décision d’orientation du patient.
- Prescription de certains médicaments à but symptomatique pour traiter les effets indésirables des traitements anticancéreux (la prescription de médicaments ne concerne pas les anticancéreux eux mêmes) : antiémétiques ; anxiolytiques ; antibiotiques de la classe des cyclines, anti-diarrhéiques, topiques cutanés
- Décision de renouvellement de la chimiothérapie orale
selon la recommandation du protocole spécifique, après appréciation clinique et interprétation de comptes rendus d’examens paracliniques. »

Dans de nombreux pays européens, des infirmières praticiennes peuvent disposer de telles compétences après deux années d’études supplémentaires validées par un Master. Toutes les études scientifiques ont prouvées l’intérêt de ce métier intermédiaire entre l’infirmière à Bac +3 et le médecin à bac +9 ou +12. L’exemple a été donné par les USA dans les années 1960, et il y a aujourd’hui 158.348 « infirmières praticiennes » et 59.242 « infirmières cliniciennes spécialisées », toutes titulaires d’un Master. En Europe, de l’Irlande à la Finlande, ces infirmières diplômées d’un Master peuvent prescrire des médicaments et assurer le suivi des patients chroniques.

Dans ce protocole de l’ARS île de France, la seule ambition est de gagner du temps médical, avec une formation plus que symbolique (pages 9 et 10) :
- une « formation théorique de 45 heures », validée par une simple « attestation de suivi de la formation » !
- une formation pratique de 20 heures, consistant à « avoir participé à des consultations médicales avec deux à trois oncologues médicaux (soit entre 20-25 malades vus) », avant de réaliser « 10 consultations supervisées par un médecin avec prescriptions de traitements des effets indésirables des anticancéreux et d’examens (biologiques, radiologiques). »

Véritable manipulation des textes officiels sur les actes et compétences des infirmières, ce « protocole de coopération » entre individus, est une brèche grande ouverte dans un dispositif jusque là destiné à garantir la sécurité des patients : formation initiale basée sur un programme officiel fixé par arrêté, évaluation des compétences acquises par le moyen d’un examen, et attribution d’un diplôme d’Etat habilitant à un exercice règlementé et protégé, au nom de la santé publique et de la sécurité des patients.

« Avec 50 ans de recul, les pays anglo-saxons estiment nécessaires deux années universitaires supplémentaires pour valider ces compétences, mais pour l’ARS d’ile de France, avec 45 heures de présence, une infirmières est jugée légalement apte à prescrire cinq types de médicaments ! » a dénoncé Thierry Amouroux, le Secrétaire Général du SNPI CFE-CGC, lors du Haut Conseil des Professions Paramédicales HCPP du 22 février 2013.

« Si l’on reste dans cette logique, alors cela revient à estimer qu’en une année une infirmière serait apte prescrire tous les médicaments, ou même à remplacer un médecin ? Si 45 heures de présence pour prescrire ces médicaments, ce n’est pas dangereux pour les patients, comment justifier qu’il faille encore neuf années laborieuses pour former un médecin ? Pour faire face à la démographie médicale, les autorités préparent elles des soins low cost dans le cadre d’un système de santé à deux vitesses ?  » précise le SNPI, Syndicat National des Professionnels Infirmiers salariés.

Avec les « coopérations », ce sont des compétences personnelles qui seront attribuées à des infirmières particulières pour faire des actes à la place des médecins. Il y aura des infirmières autorisées à faire … et des infirmières non autorisées dans la même unité d’hospitalisation ! Qui s’y retrouvera ? Le patient sera informé du protocole, mais ensuite il ne saura plus qui peut faire quoi dans une même unité de soins.

Pire, ce protocole est proposé par un établissement de l’AP-HP, mais l’ARS d’ile de France l’a validé pour tout « lieu d’exercice de l’oncologue : établissement de santé, cabinets médicaux,…. » !

Par ailleurs, on ne peut accepter de valider des acquis par une formation au rabais, un examen entre soi, ou une attestation de présence sur une chaise.

S’il faut élargir les compétences infirmières :
- soit c’est juste rajouter un acte technique,
et il faut alors le rajouter au décret d’acte, introduire ce nouvel apprentissage officiellement dans la formation initiale et le valider par le diplôme d’État
- soit c’est une nouvelle compétence, avec une prescription médicale limitée, sur le modèle de la sage-femme, et il faut deux années universitaires supplémentaires pour valider ces compétences, dans le cadre d’un métier intermédiaire validé par un Master, dans un cadre statutaire clair, sur le modèle de l’IADE.

Car avec un tel protocole dérogatoire, qui sera responsable en cas d’erreur dommageable pour le patient, voire de faute ?
- L’ARS qui habilite ces professionnels pour un protocole de coopération ?
- La HAS qui aura validé le protocole ?
- L’établissement de santé qui en sera le bénéficiaire ?
- Le médecin qui aura délégué sa tâche ?
- L’infirmière qui pratiquera un exercice sous couvert d’une « coopération » dérogatoire aux actes autorisés ?

PPS: Si je peux me permettre un avis totalement personnel sur ce texte, il n’émane qu’une seul chose : les médecins prennent les infirmières en général pour des idiotes juste bonnes à passer la serpillères SAUF celles qu’ils ont sous les yeux, qui sont bien sûr exceptionnelles. Du coup faire des protocoles nationaux et lâcher officiellement du terrain leur est impossible mais par contre faire de la tambouille avec les filles de leur service pour qu’elles leur rendent plus de services là oui… Et puis ils seront là pour vérifier alors tout va bien.

2013

Ne cherchons pas à comprendre ni comment ni où ni pourquoi mais chaque années je sens des tendances qui se dessinent pour les mois à venir. Et cette année j’ai envie de faire le pari avec vous et de voir ensemble ce que ça donne; de toute façon le ridicule ne me fait plus peur depuis 2008 (le 7 mars) (si,si). Ceci dit, pour les fidèles je vous rappelle que j’avais annoncé l’enfant Sarkozy deux ans avant tout de même, ce qui avait valu à mon blog de l’époque d’être suive par un tas de site… de banques (oui je suis d’accord: pouic?)

Bon alors bref cette année 2013, à mon avis.

Une couleur : le orange

Qui sera liée evidemment au vert. Mais un vert qui n’a aucune nuance de bleu (d’ailleurs oubliez le bleu sauf le bleu roi, stop au bleu cette année, le bleu c’est la loose !), plutôt un gris vert (bref un de ces verts-là)

Un gâteau : La madeleine

Alors bon, evidemment pas la madeleine de merde qu’on achète au kilo pour le petit déjeuner des famille, on parle là de la madeleine de luxe qu’on ira chercher chez le pâtissier. La madeleine chic quoi, qui sera le new macaron (avec livres et guide marabout etc…)

Ps: Je ne comprends pas pourquoi le « pastel de nata » (gâteau typique portugais) n’a pas encore pris (alors que je le sens depuis 4 ans! ) mais je ne désespère pas. L’idéal se serait de le placer dans un film pop ou une série.

En cuisine : la tendance « Povéra ».

Alors la tendance de fond va être la cuisine « pas chère et familiale », on raccommode les restes et on fait des plates simple et copieux mais savoureux parce que tout le monde va comprendre que la cuisine c’est cool mais les recettes avec des ingrédients introuvables et 12 000 euros de matériel pro, ça va trois minutes. Dans ce genre, la cuisine sicilienne est un must. Si, si.

Sur le net : La fin de Facebook

( En plus leur logo est bleu alors…)

Facebook va être victime de « l’effet crique », bien connu des spécialistes de moi-même. Je m’explique : vous faites une rando avec des potes en haute corse et vous trouvez une super crique isolée. Ni une ni deux vous balancez votre slip et vous vous jetez tous à l’eau avant de vous faire griller le cul sur le sable. Un peu de temps passe et vous voyez que des gens arrivent. Au début ce sont des gens de votre âge et puis d’autres. Bon, vous ne bougez pas parce que bon, l’ambiance reste cool mais clairement vous arrêtez de faire l’hélicoptère avec votre bite (si, quand ils sont seuls entre eux, les mecs font toujours à un moment ou à un autre l’hélicoptère avec leur bite, qu’on se le dise). Et puis un peu plus tard votre mère arrive et là tout change. Oui evidemment que votre mère a déjà vu votre bite et qu’elle s’en fout mais quand même. Même si elle sur une serviette loin de vous, quand même. Alors vous remettez votre slip et rapidement vous finnisez par parler PEL avec votre pote Benoit qui est en train de retaper sa maison. Quand il attaque ses problèmes de plomberie vous finissez même par regarder votre montre et vous dire que bon, ben on va y aller là non?

En clair facebbok va être envahi par les vieux et va devenir simplement un net en réduit, juste pratique pour les vieux et les entreprises commerciales. Facebook sera donc le pantalon patte d’eph des années 2005/2015 et vos enfant vous dirons en gloussant « Non mais t’as eu un profil facebook toi ??? »

Sur le net (2) : l’explosion du « Bon coin ».

Bon je n’y suis pas et je ne connais pas ce site mais pour lui tous les voyants sont au verts en 2013 : proximité, simplicité, lien avec le réel (en 2013 on va tous retourner au réel après des années de virtuel (amis virtuels, argent virtuel, boulot virtuel etc…) et surtout économie du manque et de la crise. En 2013 on va tous y passer et en libraire il y aura le succès d’un livre sur « comment bien vendre sur le bon coin » ou bien sur le « comment j’ai fait fortune grâce au bon coin » (où l’on verra les aventures d’un employé de banque qui a écumé le site à la recherche d’un produit inconnu que les gens vendaient sans connaitre leur valeur bla bla bla…) ou mieux, le deux ensemble car c’est la crise, où le mec va raconter son histoire PUIS donner ses tuyaux pour bien acheter et bien vendre sur le site.

La chaise d’école.

Bon sang j’allais oublier l’essentiel, en 2013 ce sera elle la star. Oui, oui, la bonne vieille chaise d’école. Si, puisque je vous le dis. La chaise d’école c’est la nouvelle pantom, d’ailleurs on l’a déjà vue aperçue dans Ad, alors…

Alors bon donc si tout se passe bien en 2013, vous devriez amener des madeleines chez vos copines qui vous offriront un thé (tendance stop au virtuel, retour au réel), elle vous parlera d’un truc qu’elle a vu sur facebook et vous lui direz « Désolé mais tu sais j’ai fermé mon compte facebook… » et puis vous parlerez de votre nouvelle passion pour les moules à madeleine que vous chercherez sur « le bon coin ». Le Graal sera donc soit un véritable moule en étain du 19° siècle, soit un moule vintage dans années 70, orange evidemment.

Bon allez, rendez-vous en février 2014 pour voir si j’ai été bon. ;).

Un doc sur les infirmières libérales

J’ai été contacté par ce site pour parler de leur documentaire en cours

Le site d'un documentaire sur les ide libérale

 

A la base je n’étais pas très chaud, j’avoue. D’abord le titre est ridicule : « Les Anges Anonymes » (nous ne sommes ni des anges, ni des anonymes, merci, et puis merci de nous comparer à autre chose qu’à un symbole religieux ET asexué (…), sans parler qu’en plus « les anges anonymes » c’est une émission de téléréalité de nrj 12) et puis le mode de financement (l’appel au don) totalement bancal (ça aurait pu marcher il y a 10 ans, mais aujourd’hui?), et puis enfin c’est quoi cette nouvelle mode de me solliciter tous les 4 matins pour tous les projets en cours, je suis devenu le seul ide en ligne ou quoi?

Ceci dit, une fois passé ma phase de schtroumph grognon, et parce que je suis un gentil garçon au fond, toujours prêt à aider les autres, j’ai regardé le pilote, ICI et je dois avouer que j’ai été touché. Pour la première fois on a saisi mon métier tel que je le pratique, y compris avec ses cotés complétement dinguos (ce qu’elle fait sur sa trottinette moi je le fais dans ma C1 rouge), ses débordements humains (oui elle fait des choses qui, sur le papier, sembleraient totalement dingues mais qui dans la situation sont de toute évidence des gestes d’affection) et puis enfin, et surtout, le pilote montre, pour la première fois à ma connaissance, les gens que je croise tous les jours tels qu’ils sont vraiment, y compris dans le grand écart culturel, intellectuel et social qu’il y a entre eux. Ces gens-là qu’on ne voit d’habitude nulle part ailleurs que dans les clientèle d’infirmier libéraux, ces gens là qu’à part nous personne ne voit d’ailleurs.

Alors j’avoue j’ai été bien emballé.

J’ai donc de gros doutes sur le devenir de ce projet mais ce serait vraiment bien qu’il arrive au bout ( surtout si il reste dans la même veine evidemment et qu’il ne part pas dans tout ce que l’on voit d’habitude de racoleur, sensationliste, angéliste et imbécile… Mais le ganger est grand…)

Bon, bref, à vous de voir quoi.

Ps : Et si un producteur passe par là, j’ai dans mes cartons depuis des années un sujet de document sur la profession ide en général, original, pas cher et jamais vu. Enfin, je dis ça , je dis rien.

Appel à témoin pour l’infirmière libérale magazine.

Une de mes collègues de l’ »Infirmière Libérale Magazine » (où je signe encore un article ce mois-ci, si,si) a besoin de votre expérience. Ce qui me plait dans ce magazine, c’est qu’il est prés de l’exercice quotidien et qu’il se nourrit des expériences concrètes, bref donc si vous êtes concernées n’hésitez pas :

Je recherche des Idels qui ont été (ou sont) confrontés à des situations de violences faites aux femmes. Il peut s’agir de suspicion de mutilations sexuelles comme l’excision,  mais aussi de violences conjugales.
Je souhaiterais donc les interroger sur la façon dont ils/elles ont réagi  (discussion avec la patiente, conseils pour se tourner vers une structure d’aide ou encore signalement).
Il peut aussi être intéressant de savoir si, en cas de suspicion, une/un Idel n’a pas osé parler (mais reste tout de même perplexe).

Donc si cela vous concerne vous pouvez joindre Marjolaine Dihl ( dihlm@yahoo.fr) en lui précisant que vous venez de ma part.

On compte sur vous !

 

 

 

La narration

Je sens que ma diatribe contre la narration traditionnelle a laissé certains perplexes. Mais cela tombe bien, ma dernière lecture me donne le parfait contre exemple de ce que je défends. Alors allons-y, parlons du « Rapport de Brodeck » de Philippe Claudel, en poche

Et de sa narration donc.

Tout d’abord, pour qu’on se comprenne, je vais vous raconter l’histoire in extenso, vous allez voir, c’est pas long (et donc si tu n’as pas lu le livre et que tu veux le lire, tu changes de site merci)

Note : Les précisions géographiques et historiques sont de moi car l’auteur a trouvé plus « stylé » d’évoquer ces événements sans les nommer. Ceci dit hein, c’est pas la mort non plus de comprendre de quoi il parle.

« Brodeck est né à la fin de la première guerre mondiale, quelque part en Pologne. Ses parents et son village ont été détruits et il a été récupéré par une vieille femme juive qui l’a emmené en Tchécoslovaquie où elle l’a élevé dans un petit village, lui apprenant l’hébreu.  Brodeck a été adopté par le village au point que le village leur a offert une maison puis s’est cotisé pour offrir ses études à Brodeck. Brodeck a donc fait ses études à Berlin où il a assisté à la montée du nazisme et notamment à la nuit de cristal. Il a eu peur ce jour-là et est rentré au village, sentant des menaces de plus en plus précises autour de lui. Au village, il rencontre une jeune fille et se met en couple. Mais la guerre éclate et les nazis envahissent le pays (crises des sudettes). Quand les nazis sont dans le village ils demandent qu’on leur livre les juifs sous la menace de détruire le village. Brodeck est donc livré et part dans un camps. Dans le train du trajet il rencontre un étudiant. A côté d’eux une femme a une gourde entre les cuisses qu’elle garde pour survivre et faire boire son enfant. La quatrième nuit Brodeck et l’étudiant volent cette gourde et la vident. La femme meurt, Brodeck culpabilise, l’étudiant préfère se faire descendre à la sortie du train. Dans le camps Brodeck va survivre en devenant « chien Brodeck » c’est à dire le « protégé » d’un gardien du camp qui le traite comme l’un de ses chiens. La guerre prend fin, Brodeck est libéré par son geôlier. Au même moment, quelques jours avant la libération du village, 3 femmes juives entrent par erreur dans le village encore gardé par les nazis. Sentant le danger, la femme de Brodeck les accueille chez elle pour les protéger. Erreur: devenus fous, les nazis battus et une partie des hommes du village vont les chercher de force pour violer les 4 femmes et les battre à mort dans une grange. Seule la femme de Brodeck survivra mais elle reste prostrée à vie. De ce viol elle aura un enfant. Brodeck rentre du camps et décide d’élever l’enfant malgré tout. Quelques mois après la libération du village, un étranger entre dans le village et y reste quelques temps sans but précis : il peint et il se promène. Le village supportera de moins en moins la présence de cet étranger qui les dérange alors ils tueront un soir son cheval et son âne puis quelques jours plus tard il tueront carrément l’étranger. Le jour de l’assassinat de l’étranger, Brodeck arrivera sur le lieu du crime (la gargote du coin) quelques minutes après le forfait. D’un commun accord, le village demandera alors à Brodeck, puisqu’il sait écrire, de faire un rapport sur cet événement pour l’expliquer. Brodeck accepte et écrit ce rapport alors que des menaces l’entourent de plus en plus précisément à son tour. Il finit le rapport et il le donne au maire qui le brûle devant lui, Brodeck décide alors de quitter le village comme il est arrivé longtemps auparavant, en mettant sa famille dans une simple carriole ».

Voilà, vous savez tout. Il y aurait donc 200 façons de raconter cette histoire et de l’aborder (personnellement je pense que j’aurais pris le village comme personnage principal puisque tout tourne autour de lui) mais Claudel a pris le parti le plus absurde possible : il raconte cette histoire comme un livre de « souvenirs » de Brodeck qui, pris dans la rédaction de son rapport sur l’étranger, en profite pour raconter sa vie… Pourquoi cela serait-il absurde me direz-vous ? Et bien parce qu’alors il se prend dans la tronche les deux pire gimmicks du moment: l’identification foirée et la narration scénarisée.

L’identification foirée, pour moi c’est le « syndrome Harper Lee » (Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur) où l’on essaye de faire parler un enfant de 5 ans surdoué (forcement surdoué…) qui veut jouer à la poupée puis qui t’explique la constitution américaine et te fait une thèse sur les droits des noirs aux states. Ici l’ouverture du roman est « Ouh lalala comment je vais écrire moi qui ai fait si peu d’études »… Et se poursuit dans une narration naturaliste à la Julient Gracq, rythmée comme un moteur de Cadillac sur la route 66. Ben voyons.

La narration scénarisée : Et là je pète un plomb. Cette histoire il y a quand même de quoi la raconter (surtout que dans le fond, comme l’a dit Céline, on se fout de l’histoire, « les histoires il y en a plein les journaux ») et là l’auteur choisit la narration la plus débile possible, juste en déstructurant la trame narrative dans le simple but de maintenir éveillé l’intérêt du lecteur. En clair, dans les deux premiers tiers du romans il lance donc les intrigues (intrigue principale: pourquoi a-t-on tué l’étranger ? Question secondaire : que s’est-il passé dans les camps? Pourquoi sa femme est comme ça? etc…) puis dans le dernier tiers il y répond une par une.

What is the fuck?

Avec un sujet pareil et une telle histoire, pourquoi choisir la façon la plus putassière de la raconter? Parce que oui, on tourne les pages mais au final on ne sait rien ni du village, ni du héros secondaire (qui est l’étranger? Pourquoi est-il venu là?) ni même du narrateur (est-il vraiment idiot ou pas?), donc en fait on a une histoire et pas de littérature. Or les histoires on s’en tamponne sinon on lit les bio de France loisirs…. Et puis au fond, pourquoi prendre les moyens narratifs des romans de gare pour parler de la Shoah?? Même moralement je ne comprends pas, ce livre est le Dysney land de la solution finale, ce n’est pas qu’on passe à coté du sujet, c’est qu’il passe carrément au travers, n’en parle même pas, n’essaye même pas d’en parler. Au final pour moi, le seul moment de littérature est uniquement quand le gardien de Brodeck vient lui détacher sa chaine. Là oui,  il se passe quelque chose. Mais 30 lignes dans un livre entier ça fait un peu court quand même.

Donc, en conclusion, pour faire le « Rapport de Brodeck » : on prend un sujet gravissime (la shoah, la collaboration…) parce que bon quand même on est un auteur sérieux, on s’invente une histoire bien dure (parce que le sujet est sérieux donc l’histoire est dramatique, evidemment) et puis on la raconte comme un block buster américain en privilégiant largement les effets de page turning au fond, aux questions, à l’humain… Et à la littérature donc. Ainsi on obtient donc un petit livre très bien écrit (la technique est indéniable, c’est sûr) mais rutilant et vide comme une salle à manger Conforama en mélaminé. Et ce livre à obtenu le Goncourt des lycéens… Remarque il est vrai que ça fait toujours bien de récompenser un livre « sur la shoah » puisque le fond justifie evidemment la forme…

Enfin, je dis ça je dis rien.

Sinon, moi, tout le long de cette lecture, je n’ai pu m’empêcher de penser à un autre auteur. Ce qui au fond est un compliment. Ou pas . (rendez-vous à 3 min 10)

 

 

Le chant des grimaces auto interwiew (2)

Dans le cadre de la sortie de mon texte, voici donc ma première auto-interwiew (ben ouais quand on est tout seul, on est tout seul)

Acheter Le chant des grimaces

Pour plus d'infos, cliquez sur l'image.

NDLR :  Vous noterez au passage que j’aurais pu faire genre « que c’est un un copain journaliste qui pose les questions » (qui vérifiera après tout?) mais non, moi quand j’assume, j’assume ;).

-Donc ce livre, il parle de quoi ?

Comme je l’ai déjà dit il n’a pas de narration classique, difficile donc d’en faire un pitch bien propre. C’est l’histoire, en gros, de Ludovic de Saint Ange, médecin généraliste en province qui regarde les corps et les gens autour de lui, voilà. Et tout le reste n’est que littérature… Ou pas, d’ailleurs.

Ensuite les grands thèmes qui parcourent ce livre sont l’héritage, l’enfermement, le destin d’un corps, la prédestination et la liberté, le masculin et… la domination sociale.

 - Rien que ça ?

Tant qu’à passer 6 ans sur un livre, tu te doutes bien que je n’allais pas parler de la reproduction des poneys en basse Flandre non ?

- Oui mais ce n’est pas un peu « too much » pour un seul livre ?

Et bien tant qu’à se faire lâcher par des éditeurs et n’avoir aucun destin commercial, autant en profiter pour parler vraiment de ce qu’on veut non ?

-Donc tu es infirmier libéral en province et ton héros est un médecin généraliste en province…. Tu me vois venir ?

Évidemment… Et non, ce n’est ni un essai sur la médecine aujourd’hui ni une autobiographie déguisée ! Que cela plaise ou non ce texte est une fiction pure et Ludovic de Saint Ange ce n’est pas moi, dieu merci.

En même temps le débat qui veut que l’autobiographie serait forcement egotique et donc fatalement nuisible aux œuvres me semble, pour tout dire, totalement con. Quel artiste est prêt à donner plusieurs années de sa vie sur un sujet qui ne le touche ni de près ni de loin ? C’est totalement absurde ! Pour créer tout le monde se sert de son vécu comme fond de sauce c’est inévitable.

Quant au débat qui suit toujours sur l’ego des créateurs, il est encore plus con : Sans ego, si tu te penses sincèrement banal et sans rien à dire, tu ne mets pas trois mots sur une feuille blanche… Et sans puiser dans ta vie tu n’as rien de vrai à raconter.

En conclusion, oui ce texte est une fiction pure même si, évidemment, je sais qu’il y a des bouts d’ego dedans. Sauf que moi-même, la plupart du temps, je ne me rends compte de mon implication perso qu’à la relecture, parfois des années après… Alors je vomis doucement les freud de bazar qui croit comprendre ma psychée en lisant ce que j’écris. Et puis je trouve leur attitude vraiment impolie, tout d’abord parce qu’ils me croient incapable de maitriser ce que lâche ou pas (alors que la plupart du temps je sais exactement ce que je fais, surtout à l’écrit, ils tombent donc tous dans les mêmes pièges), ensuite parce que ce qui m’intéresse c’est en quoi le texte les a touché eux et certainement pas ce qu’ils pensent de moi au travers de ce texte et des agissements de ce « héros ».

Mais tout ceci étant dit, le fait que le texte emploi le « je » brouille les pistes des lecteurs inatentifs, évidemment.

- Ton texte est bourré de citations, pourquoi ?

Au-delà des citations, le texte est bourré de références et de codes pour de tous petits groupes ; l’histoire principale est donc bourrée de clin d’œil, de clés secrètes. Mais j’ai tout fait pour que cela ne reste qu’en second plan et que la ligne principale soit toujours compréhensible. Les références sont comme des petits bonus pour ceux qui les comprennent. C’est assez drôle d’ailleurs dans les retours, de repérer qui réagit à quel signe et pourquoi… Après tout pour un texte sur les cercles sociaux c’est la moindre des choses non ?

A ce jour je n’ai qu’une seule lectrice qui s’est acharnée à tout décortiquer, y compris les citations en latin. Mais bon elle est prof de français. Alors ceci explique surement cela…

- Parmi les grandes citations il y a Patrick Bateman le héros du livre « American Psycho » qui revient tout le temps…

Oui et typiquement il y a plusieurs raisons à cela :

Tout d’abord au premier niveau c’est un hommage à un texte fondateur pour moi. Comme beaucoup je suis un fils de « American Psycho » et surtout de sa description au scalpel de la solitude vertigineuse de la société libérale. Patrick Bateman est un monstre et il peut continuer sans fin simplement parce que personne ne le regarde. Il est blanc et riche il est apparemment inséré il est donc invisible, paradoxalement. Et évidemment que Ludo lui doit beaucoup.

Ensuite au second niveau, « American Psycho » est devenu une telle référence pour tous les auteurs « modernes » que ça devient carrément une blague de –encore- le citer. Comme si un musicien classique parlait du génie de Bach en croyant être original. Écrire un succédané de « American Psycho » est donc devenu une vaste blague à laquelle s’adonnent 80% des wanabe en France. Et c’est précisément ce que fait Ludo. Les deux interludes entre les trois chants du textes sont donc des moment de mise en abime vertigineuse : Je me suis amusé à écrire des passages ou mon héros, inspiré lui-même de Patrick Bateman,  est un mauvais auteur qui essaye d’écrire mais n’y arrive pas et fait une pale copie d’ « American Psycho », tout en se faisant engueuler par le vrai Patrick Bateman, qui se fout carrément de sa gueule… et de son manque de talent d’écriture. En clair j’assume de citer « American psycho » sincèrement, je sais aussi que quelque part c’est ridicule et je suis le premier à rire de ma propre banalité, et c’est donc une mise en abime de référence… On me dit parfois que mon humour est très bizarre mais je ne comprends vraiment pas pourquoi.

-Parmi les autres personnages du roman il y aussi Martine, le seul personnage féminin avec la mère. Mais elle semble assez lointaine pourquoi ?

Et bien tout d’abord parce que oui c’est un texte sur le masculin, entre pères, frères et fils et j’ ai voulu que ce milieu soit le plus clos possible, fermé. Ensuite, c’est un personnage que j’aime beaucoup et elle s’est vraiment développée toute seule, jusqu’à commencer une autre histoire, entre sa famille de vignerons du monbazillac et son frère animateur télé (évidemment toute ressemblance serait fortuite tu penses). Mais là ça devenait vraiment trop complexe alors j’ai du la réduire, la pauvre, à une apparition. Ceci dit, elle mériterait un roman à elle toute seule et ça serait drôle de voir agir Ludovic « de l’extérieur »… Alors peut être qu’un jour… Maintenant que je connais si bien Ludovic…

Ceci dit, en parlant de ça, je me rends aussi que je dois quand même être sévèrement schizophrène quelque part… Parce que si je ne m’oblige pas à me recadrer et à descendre sur terre, je me rends compte que je pourrais finir par croire que Ludovic existe vraiment. Cela fait tellement longtemps que je connais tout de lui : son allure, sa façon de penser, ses enfants, son décor, son quotidien en somme, ce qu’il vit, ce qu’il ressent… C’est d’ailleurs la même chose avec Léo (le héros de mon premier roman et de mon premier scenario) : j’ai vécu tellement de temps avec lui, je connais tellement bien son histoire et sa famille, ce qu’il pense et ce qu’il vit, que j’avoue avoir parfois oublié que non, je ne l’avais jamais vu, qu’il n’existe pas et n’a jamais existé en somme… C’est comme si je m’étais inventé un souvenir, plus précis parfois que ceux que j’ai vraiment vécus. Enfin, c’est mon psy qui va être content…

-« C’est mon psy qui va être content » Bonne conclusion pour toute cette histoire non ?

Tout à fait, je valide !

Les psys s’ennuient le dimanche.

Voilà c’est officiel: Psycho, pourtant père de famille (!), s’ennuie le dimanche. Du coup il m’a fait ce que dans une autre vie j’aurais eu comme revue de presse…

Mis à part le fait que, quand même, les acteurs de « Hôtel particuliers » étaient tout de même de vrais pros et non pas des tanches, encore moins des malades ( hem…), et que ça c’est joué dans un vrai théâtre et pas un gymnase (hem, hem, hem… ) ça m’a bien fait rire tout ça…

Allez merci mon gars, tu es un brave !

Ceci dit c’est quand même un peu compliqué pour un auteur d’avoir des lecteurs qui ont plus d’humour que soi hein…

Ps: Et pour comprendre encore mieux tout le sel de ces blagues il faut évidemment lire le livre hein …

 

 

 

 

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