Big Eyes de Tim Burton

 Le plus « Tim » des Burton

Je pense que pour comprendre l’intérêt de ce film (qui en gros raconte l’histoire d’une femme qui a peint des enfants avec des gros yeux et en a vendu des meta caisses alors que son mari faisait croire qu’il en était l’auteur. A la fin elle lui fait un procès et le gagne. youpi.)  il faut connaitre un peu tim burton, pourquoi pas avec ce livre d’entretiens pas exemple.

Pour moi, dans ce film, tim Burton interroge sa propre place d’artiste dans l’industrie américaine sous plusieurs angles :

Art majeur / art mineur :

Ce que peint cette brave femme est immonde, disons-le, pourtant elle semble ne pas comprendre tout le long du film pourquoi les galeries « officielles » n’en veulent pas.

Question d’autant plus « troublante » qu’elle en vend des caisses, alors quoi? Le grand public pourrait-il avoir tort?

Bon la réponse me semble totalement évidente : oui le grand public a des gouts de chiottes mais c’est toujours rigolo de poser la question de façon candide (et un peu démago mais pas trop; américain quoi).

Art sincère/ Art vrai :

Joli bémol on voit bien qu’elle met tout son cœur dans ses poulbos dégueus, qu’elle y croit et qu’elle en vend en plus des caisses,  n’est-elle pas alors une vraie artiste?

Réponse toujours non (la sueur ne fait pas la pulsion d’art) mais merci de poser la question.

Derrière ces question un peu bécasses on peut donc retrouver la patte de Burton dont l’univers a aussi été rejeté très longtemps et incompris (avec en plus en sous main l’opposition entre les dessinateurs et les illustrateurs…). Lui est passé d’un coup de looser total à artiste respecté et semble s’interroger sur cette transformation radicale; en gros il me semble donc poser une seule question : pourquoi Keane n’est pas considérée comme une artiste et lui oui? A mon avis il suffit de regarder leur travail respectif pour comprendre mais enfin la question pour deux univers qui ne sont pas si éloignés-encore une fois- n’est pas sans sel.

Qu’est ce que c’est être un artiste aujourd’hui?

Consciemment ou pas, ce film dit quelque chose de totalement politiquement incorrect : sans son mari et son bagou de vendeur de baignoires, keane n’aurait jamais vendue une seule de ses croutes…

On eut donc y donner deux réponses : Soit c’est exactement la preuve que ce n’est pas de l’art qu’elle fait puisqu’il faut le vendre comme une lessive pour qu’il intéresse quelqu’un mais aussi on peut lire qu’aujourd’hui un artiste ne peut plus se contenter de produire son œuvre et doit savoir se vendre lui-même…et c’est même au final ce qui va souvent faire la différence entre deux carrières . On imagine d’ailleurs a quel point ce fait doit emmerder le timide maladif qu’est Tim Burton.

Et puis la scène face au critique de New York dit autre chose d’intéressant : quand il s’agit de se faire vomir dessus, bizarrement la femme ne se bat pas pour aller au premier rang et est bien contente que ce soit son escroc de mari qui prenne… Alors ? Et si le statut d’artiste caché ce n’était pas si inenviable que prévu, et si artiste c’était au fond faire en même temps deux métiers différents? Produite et vendre?

Au final le procès de la fin prend ainsi une tournure quasiment philosophique : qui est le vrai auteur des toiles de keane ? Celle qui les a peintes ou celui qui a su les commercialiser et leur donner (presque de force) de la valeur ?

Avec un bon réalisateur inspiré cette histoire pourrait donc vraiment avoir des résonances très intéressantes mais sur ce coup Tim Burton, étrangement, par manque d’inspiration ou la tête ailleurs (?) en fait une bluette féministe à mad men sans aucun intérêt.

Dommage, méga dommage.

4 réflexions au sujet de « Big Eyes de Tim Burton »

  1. Pas vu le film, mais le sujet (et les critiques) m’ont laissé penser que c’était un Burton mineur, comme il en fait beaucoup ces dernières années. C’est d’ailleurs intéressant, dans ton parallèle avec sa propre carrière, que tu n’aies pas noté qu’on pourrait considérer (en gros) que Burton était un artiste quand il était un peu underground pur geek averti et qu’il n’est qu’un artisan depuis qu’il sait se vendre et gagner de l’argent (depuis La Planète des Singes en gros et surtout Alice, même si j’espère que l’annonce du futur Dumbo en live pourra faire converger les deux intentions). Du reste, un artiste génial n’est rien sans un agent qui l’est tout autant, et là je te rejoins. C’est un peu le problème en France où cette profession est sous-représentée (hormis au cinéma) et que de nombreux artistes peinent à se faire connaître déjà par manque de temps (créer ou vendre il faut choisir) mais souvent surtout par manque d’envie ou de compétence commerciale. Morale à deux sous : quand il est question de réussite, on constate souvent que derrière chaque grand homme, il y a une femme… ou l’inverse dans le cas présent.

    1. Non je crois que Burton a définitivement accédé à son statut « d’auteur » de cinéma (même si ce n’est une notion que n’existe que en France…) et après il a des hauts et des bas. Mais je crois aussi que le défi culture /sous culture et profondément burtonien parce que ça parle aussi de la vie en banlieue où les notions de culture et sous culture sont très différentes. Putain c’est compliqué a expliquer…Disons que Keane est un artiste phare pour la banlieue bien pensante américaine le max de ce qu’ols peuvnet faire dans l’underground et tout le reste leur passe au dessus du bonnet. Burton a été forma là dedans et voit le fossé qui sépare cette culture « banlieue » de la culture « intellectuelle »… Enfin etc etc on pourrait en parler des heures . Pas si mal pour un mauvais film ;)

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